« Barre toi d’ici ou je te casse les jambes »

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Chère Madame, cher Monsieur,

trebes

Sur les photos, parues dans le Parisien : le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, Christian Medves, Hervé Sosna et Jean Mazières.

Ces visages, nous les avons tous vus à la télévision ou dans les journaux depuis vendredi. Ce sont les quatre victimes du terroriste de l’Aude qui a frappé à Trèbes.

4 morts, 15 blessés.

Certains disent que Redouane Lakdim aurait pu causer beaucoup plus de victimes et que le bilan n’est donc pas si dramatique. Ce n’est pas vrai, ces quatre morts sont insoutenables et si jamais leur famille lit ces quelques lignes, qu’elle sache qu’à travers moi, tous les membres de l’IPJ sont meurtris pour elles.

Depuis vendredi, on en apprend de plus en plus sur le terroriste.

Encore un jeune délinquant de droit commun.

Encore un jeune homme d’origine étrangère issu d’une zone “de non-droit”.

Encore un fiché S radicalisé qui n’avait pas été jugé dangereux par les services de surveillance.

Plusieurs experts de l’IPJ sont montés au créneau ces derniers jours pour dénoncer cette situation à laquelle personne ne doit s’habituer :

Dans le Figaro, notre porte-parole Maître Guillaume Jeanson a écrit : « puisque la guerre qu’on nous prédit sera longue, octroyons-nous des moyens décents pour la mener. Ces moyens doivent d’abord concerner les renseignements. Eric Ciotti a rappelé très opportunément qu’en près d’une décennie les effectifs de la DGSI ont progressé d’à peine 30 % alors que “le nombre de personnes dans les radars des services pour islamisme radical a été multiplié par quatre“. Ces moyens doivent ensuite concerner la justice et la pénitentiaire. »

Car de son côté, la justice a une marge de manœuvre qu’elle n’exploite pas. Maître Thibault de Montbrial, spécialiste du terrorisme et expert associé à l’IPJ s’en désole lui aussi dans le Figaro :

« Du côté de la justice, il est regrettable que les tribunaux n’utilisent pas plus la peine complémentaire d’interdiction du territoire français assortie d’une expulsion à l’issue de la peine, prévue par l’article 131-30 du Code pénal. Les étrangers qui commettent crimes ou délits graves n’ont pas leur place dans notre communauté nationale, d’autant que ce profil délinquant constitue la base de recrutement de “ l’infanterie djihadiste “ sur notre sol. L’analyse du profil de la grande majorité des auteurs des attentats depuis fin 2014 le démontre.

Combien de victimes faudra-t-il encore pour que tous soient convaincus d’utiliser systématiquement les outils administratifs et judiciaires qui permettent d’éloigner les étrangers en situation irrégulière ou délinquants ? »

Il y a derrière cet attentat un phénomène, qui s’étend dans les banlieues, depuis des années, et que beaucoup ont préféré ne pas voir. Nous sommes de ceux qui, depuis des années également, ont tenté d’alerter les élus à ce sujet. Nous avons toujours donné la parole aux policiers, qui sont en première ligne, et qui ont vu la situation se dégrader inexorablement.

Résultat aujourd’hui : il y a des quartiers où l’on ne peut pas s’aventurer sans craindre pour nos vies. Je n’exagère pas. Voyez ce qui se passe dans la cité Ozanam de Carcassonne, fief du Redouane Lakdim : les journalistes se font barrer la route, manu militari, lorsqu’ils veulent enquêter sur le terroriste abattu par les forces de l’ordre.

Que l’on ait des inimitiés pour certains journalistes, dont le traitement de l’information peut parfois irriter, est une chose. Mais qu’on les empêche par la menace ou la force de faire leur métier est inacceptable, et constitue un danger pour nous tous.

Surtout quand ceux qui s’en prennent aux journalistes paraissent soutenir les actes odieux de Lakdim.

Voilà ce que raconte un journaliste sur Twitter : « Cité Ozanam, à Carcassonne. Deux jeunes en voiture font le guet. L’un s’arrête à ma hauteur, alors que je marche : “T’es journaliste ? Barre toi d’ici ou je te casse les jambes“. Et il entrouvre la porte… Regard haineux. Toutes les issues sont contrôlées. Impossible d’y rester ».

Dans le magazine Le Point, même son de cloche : « Le journaliste a également raconté à France info que les jeunes avaient surtout frappé l’équipe de la télévision suisse-italienne et évoque une “très vive altercation“. Marc Dana précise que les journalistes ont été poursuivis par une voiture tout autour de la cité alors qu’ils tentaient de rapidement quitter les lieux. Des habitants se plaignent du climat de tension qui règne dans cette cité sensible de Carcassonne. » Interrogée par France 3 Occitanie, une retraitée dénonçait la situation : « Ça faisait un moment qu’on alertait les pouvoirs publics, il y a du trafic, il y a des armes à feu qui doivent circuler, on entend des coups de feu. » Et de conclure : « C’est une minorité qui pourrit le quartier, ils ont pris le pouvoir. Avant, il y faisait bon vivre, mais, maintenant, c’est craignos. »

Et nous sommes ici à Carcassonne. Il ne s’agit pas des quartiers Nord de Marseille, d’Aulnay-sous-Bois ou de Trappes. Non, il s’agit de Carcassonne, cette ville de 50 000 habitants.

Ces zones “de non-droit“ se développent partout en France ; les petites villes et les zones rurales ne sont pas épargnées.

C’est un danger qu’il faut absolument neutraliser. Ces bulles qui se développent contre l’autorité, la loi, l’école, la culture française, sont incontrôlables et fournissent le vivier des islamistes radicalisés qui attaquent et qui tuent.

Maître Thibault de Montbrial tire la sonnette d’alarme, il sait que nous ne voyons que la partie émergée de l’iceberg et que la menace va encore s’accroître :

« Il y a urgence. Le nombre de gens présents sur notre territoire qui haïssent notre pays est déjà dramatiquement élevé. Bientôt, ces potentiels artisans du djihad recevront le renfort des anciens de Syrie, soit prochainement libérés des prisons françaises, soit clandestinement de retour en Europe – tous les djihadistes francophones n’ont pas été tués ou fait prisonniers là-bas, tant s’en faut. La menace endogène recevra alors le renfort de terroristes aguerris, susceptibles de recruter, former, structurer et coordonner des attentats sur notre sol. »

Dont acte.

Je vous encourage à lire sur ce sujet la tribune rédigée par le porte-parole de l’IPJ Me Guillaume Jeanson qui pointe du doigt ce qu’il faut améliorer : « Faire mieux sur la question du fichage. Faire mieux sur celle de la porosité inquiétante qui existe entre le terrorisme et la délinquance de droit commun. Faire mieux enfin sur celle de ces zones de non-droit qui prolifèrent comme autant de terreaux fertiles d’une détestation et d’un rejet de plus en plus affirmé de notre modèle de société. »

Je termine mon message par une pensée pour le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, qui a sauvé une vie par son sacrifice et qui recevra un hommage national demain. Le général d’armée David Galtier, inspecteur général des armées a écrit à son sujet « il a non seulement sauvé une vie mais également montré qu’il existe des raisons d’espérer face à un fléau qui se combat par la cohésion nationale, la solidarité entre États et la force d’âme des gardiens de la République. »

Avec tout mon dévouement,
Laurence Havel

ps : Vous pouvez lire la tribune de Me Jeanson en cliquant ici.

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Il déshabille Pierre pour habiller Paul…

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Chère Madame, cher Monsieur,

Je ne sais quel sujet traiter dans mon message aujourd’hui.

Tous me brûlent les doigts.

La manifestation d’immigrés en situation irrégulière dans la Basilique Saint Denis, orchestrée par des militants d’association d’extrême gauche ?

L’appel au secours de Mayotte, ce département qui semble très seul pour endiguer l’immigration de masse qui entraîne une vague d’insécurité et de violence sans précédent ?

Les deux policiers à Aulnay-sous-Bois, frappés et blessés lors d’un contrôle routier par 8 voyous cachés derrière un camion ? Résultat : « Interruption de temps de travail 4 et 6 jours avec des blessures au dos et au visage : nez et arcade ouverts ou encore dents cassée » d’après BFM. C’est cher payé pour avoir simplement fait son travail.

Enfin, que dire de ce Grenoblois, qui ne pensait probablement pas qu’il finirait la nuit aux urgences …

Il est 1h30 du matin, il se plaint du vacarme de ” jeunes “ dans la rue et va leur demander de faire moins de bruit.

D’après le journal le Dauphiné : « Ces derniers – deux hommes âgés de 18 ans et une jeune fille de 16 ans – l’ont alors roué de coups. »

L’homme a été secouru par les sapeur-pompiers.

La police est venue chercher les trois voyous pour les mettre en garde à vue. Et comble de l’histoire, « alors que ces mêmes policiers intervenaient, leur véhicule a été visé par des projectiles probablement lancés depuis l’immeuble par les amis des personnes interpellées… »

Voilà aujourd’hui ce que l’on risque quand on veut simplement un peu de tranquillité, de courtoisie, que l’on demande à ses voisins de respecter des règles élémentaires de politesse. On risque de terminer à l’hôpital avec des hématomes et des os brisés, voire pire, car on peut parfaitement être tué dans ce genre d’agression. Il suffit d’une mauvaise chute ou d’un coup mal placé.

Mais que faire ?

Pour éviter les ennuis, il faudrait apprendre à courber l’échine, à faire le dos rond, à passer sa route en faisant semblant de ne rien voir, en acceptant d’être insulté et de ne plus vivre en paix … Ce n’est pas acceptable.

Même Emmanuel Macron paraît avoir remarqué qu’il y a en France un problème d’insécurité au quotidien !

Le ministère de l’Intérieur teste actuellement “ la police de sécurité du quotidien ” dans plusieurs quartiers aux quatre coins du territoire. Nous verrons bien où cela nous mènera mais en attendant, des mesures sont proposées qui semblent témoigner d’une prise de conscience du problème, c’est déjà quelque chose.

Mais, là où nous ne sommes pas d’accord, c’est quand le Président déshabille Pierre pour habiller Paul.

Et c’est exactement ce qui se passe.

Emmanuel Macron prétend vouloir agir sur l’insécurité au quotidien, mais “ en même temps ”, il fait machine arrière sur le problème des prisons. Quel dommage !

S’il nous écoutait et s’il écoutait les experts de l’IPJ, il comprendrait qu’il faut agir sur les deux problèmes. Parce que ces problèmes sont liés.

Je vous l’ai déjà dit, Emmanuel Macron s’est fait élire notamment sur un programme de fermeté envers la délinquance. Et pourtant, il prend le contre-pied de ce qu’il avait annoncé en revenant sur sa promesse de construire 15 000 nouvelles places de prisons.

Finalement ce sera 7 000 seulement. Peut-être. Dans le meilleur des cas; car le président n’a pas exclu d’utiliser le budget dédié à ces 7 000 places pour autre chose.

Et pendant ce temps, près de 100 000 peines de prison ferme prononcées par les tribunaux sont en attente d’exécution.

Et pendant ce temps, le nombre de détenus “ radicalisés ”, qui auraient besoin d’être isolés pour ne pas convertir d’autres détenus à leur idéologie meurtrière, s’accroît sans cesse.

Aidez-nous à faire entendre raison au président Macron.

Vous avez été nombreux déjà à remplir notre questionnaire sur les prisons. Si vous ne l’avez pas encore fait, je vous le demande, répondez au questionnaire qui légitime notre action. Plus vous serez nombreux, plus nous serons confiants pour aller défendre notre position et demander à être entendu par nos élus.
Cliquez ici pour y répondre.

J’ai besoin de savoir si nous sommes du même avis.

Avec tout mon dévouement,
Laurence Havel

Emmanuel Macron : les masques tombent…

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Chère Madame, cher Monsieur,

Le 8 mars, le président de la République Emmanuel Macron a prononcé un discours très important lors de sa visite à l’Ecole Nationale d’Administration pénitentiaire, l’école qui forme les futurs gardiens de prison.

C’est un discours très important, parce que le président Macron y a dévoilé ce que l’on pourrait appeler sa “ philosophie pénale ” ; la manière dont il comprend le problème de l’insécurité en France et les réponses qu’il compte y apporter.

C’est un vrai programme d’action pour le reste de son mandat.

Alors bien sûr, je sais bien que très peu d’entre vous auront écouté ou lu ce discours. C’est bien normal.

Et c’est pourquoi je l’ai lu attentivement pour vous, afin de pouvoir vous dire “ à quelle sauce nous allons être mangés ”.

Mais laissez moi vous prévenir tout de suite, vous risquez de trouver la sauce amère…

Partisan du “ en même temps ”, le Président Macron a essayé dans ce discours de contenter la chèvre et le chou, pour reprendre l’une de ses expressions favorites.

Seulement voilà, à un moment il faut prendre des décisions concrètes, et alors les masques tombent.

Et justement, le 8 mars les masques sont tombés. Vous allez voir ce qu’il y a derrière le masque si vous avez seulement la patience de me lire.

C’est un peu long, mais croyez-moi cela en vaut la peine.

Le Président Macron aurait-il entendu l’IPJ ?

Le président de la République a commencé par prononcer de belles et fortes paroles, des paroles que l’IPJ pourrait reprendre à son compte.

En fait, le président Macron a confirmé ce que nous disons depuis des années : notre système pénal est « à bout de souffle, en tout cas en impasse ». Ce sont ses propres mots.

Notre système est à bout de souffle d’abord et avant tout à cause du manque de places de prison.

Le président le reconnaît volontiers : nos prisons sont surpeuplées. Aujourd’hui, il y a à peu près 15 000 détenus en surnombre dans les prisons françaises, et dans certaines maisons d’arrêt le taux d’occupation avoisine les 200%.

Depuis des années, personne n’a eu le courage de s’attaquer à ce manque de places de prison; tant et si bien que nos gouvernants ont créé ce que le président lui-même appelle « un monstre ».

Toutes les peines de prison fermes inférieures à deux ans, hors récidive, ont vocation à être “ aménagées ”, c’est-à-dire transformée en autre chose que de la prison.

Le tribunal prononce publiquement une peine, qui lui paraît adaptée à la gravité de la faute et à la personnalité de l’accusé, et puis ensuite, dans le secret de son bureau, un Juge d’Application des Peines va tranquillement défaire ce qui a été fait par le tribunal. Et la peine de prison ferme se transformera en sursis, en bracelet électronique, etc.

Les conséquences ? Le président Macron en parle très bien :

« Ca veut dire que quand la peine est prononcée, non seulement elle a vocation à être immédiatement réformée, jusqu’à deux ans, mais qu’il y a un délai d’attente parce qu’immédiatement, on va devant le juge d’application des peines et que pour les autres qui ont à saisir ce même juge, les délais d’attente se sont aussi accumulés. »

En effet, en France il existe continuellement environ 100 000 peines de prison ferme qui sont en attente d’exécution, dont près du quart mettent plus d’un an à être exécutées !

A cause de cela, le président explique : « On n’a pas protégé la société s’il y avait un vrai risque pendant cette période, on n’a absolument pas envoyé un message aux victimes qui n’ont rien compris pendant le temps d’exécution qui était trop long et on a fait l’inverse d’éduquer celui qui, justement, est condamné parce qu’il ne peut plus rien y comprendre, parce que la peine qu’il a à ce moment-là exécutée est totalement déconnectée du fait générateur et de ce qu’il a lui-même commis. »

Et de conclure : « un système où on prononce des peines qui ont vocation, presque par définition, à ne pas être appliquées est un système qui n’a plus de sens et ne peut plus en avoir ni pour les professionnels du droit ni pour les forces de l’ordre ni pour les victimes ni pour le reste de la société. »

Et moi, à ce moment-là, j’avais envie de dire : « Bravo monsieur le président ! Vous avez bien compris quel est le problème principal du système pénal français, le problème sur lequel l’IPJ ne cesse d’alerter les pouvoirs publics, vous m’avez bien entendue. »

Le président a aussi parlé de sa volonté de développer les activités en prison, pour faire de la détention un temps utile, ainsi que le recours aux Travail d’Intérêt Général et au bracelet électronique pour les petites infractions.

Tout cela est excellent, et on croirait que le président Macron a lu avec attention ce que publie l’IPJ.

Donc la France manque cruellement de places de prison, par conséquent il faut en construire en grand nombre le plus rapidement possible, n’est-ce pas ?

D’ailleurs, pendant la campagne électorale, le candidat Macron s’était engagé à ce que 15 000 nouvelles places de prison soient construites durant son quinquennat.

Mais patatras… 

Seulement voilà, le 8 mars, Emmanuel Macron devenu président a déclaré tranquillement que, depuis qu’il avait été élu, “ on ” lui avait expliqué qu’il n’était possible de construire que 7000 places en cinq ans.

Même pas la moitié de ce qu’il avait promis aux Français il y a moins d’un an, les yeux dans les yeux !

Et encore… nous aurons de la chance si, à la fin de son mandat, ce sont bien 7000 nouvelles places qui ont été construites, puisqu’il a clairement déclaré dans ce même discours qu’il n’hésiterait pas à utiliser une partie du budget nécessaire pour ces constructions pour en faire autre chose, par exemple embaucher des surveillants.

Là, je n’avais plus du tout envie d’applaudir.

Mais comment expliquer qu’avec un constat aussi juste le président puisse prendre des décisions aussi fausses ?

C’est parce qu’Emmanuel Macron est persuadé qu’il y trop de gens en prison. Il pense que la justice française incarcère trop, et que l’on pourrait sans inconvénient relâcher des milliers de personnes actuellement détenues dans nos prisons.

Je vous promets que c’est ce qu’il a dit.

Donc il veut faire disparaître les très courtes peines de prison et rendre plus difficile de prononcer des peines inférieures à un an.

Voilà sa solution à la sous-dotation carcérale : envoyer moins de délinquants en prison.

Mais si vraiment le président Macron pense que les juges français envoient trop facilement en prison, c’est que “ on ” ne lui a pas bien expliqué la situation.

Par exemple, en 2017, sur à peu près 5 millions d’affaires traitées par la justice, dont 1,4 million ont été estimées “ poursuivables “, les tribunaux n’ont prononcé qu’un peu plus de 130 000 peines de prison (au moins en partie) ferme. Une peine de prison ferme n’est donc prononcée que dans moins de 10% des affaires poursuivies et moins de 3% des affaires portées à la connaissance de la justice !

Et même lorsque les juges prononcent des peines de prison, les courtes peines sont dans près de 80% des cas transformées en autre chose et le délinquant échappe à la détention.

Et il faut aussi tenir compte du fait que beaucoup de délits ne sont jamais portés à la connaissance de la justice. Les enquêtes de victimation montrent qu’il y aurait plus de 10 millions de crimes et délits commis chaque année en France !

Depuis longtemps notre justice n’envoie en prison que ceux qui ont commis des crimes vraiment graves, ou des multirécidivistes qui ont déjà un long palmarès. L’idée que les prisons françaises seraient encombrées par des gens ordinaires ayant commis un unique petit délit est tout simplement fausse.

Comme le rappelait récemment Marc Lifchitz, vice-procureur et secrétaire général adjoint du syndicat Unité Magistrats SNM-FO, « 41% des peines d’emprisonnement ferme concernent soit des récidivistes, soit des réitérants, donc des gens que la justice connaît déjà et depuis un certain temps ».

Vous imaginez par conséquent ce que signifierait remettre des milliers de délinquants dans les rues, comme le voudrait le président Macron ?

Mais notre président est persuadé que les courtes peines de prison sont inutiles, “ nuisibles ” même.

Là aussi, “ on ” ne lui a pas bien expliqué ce qu’il en était.

Emmanuel Macron préfère les “ peines alternatives ” à la prison, comme le Travail d’Intérêt Général, le bracelet électronique, etc. Ces mesures ont en effet leur utilité, mais elles ne peuvent pas être efficaces s’il n’est pas possible d’envoyer en prison pour une courte durée ceux qui ne respectent pas les obligations qu’elles leur imposent.

Un porteur de bracelet électronique va respecter ses obligations s’il sait qu’il atterrira en prison s’il commet un écart. De même, un condamné à un travail d’intérêt général va se lever le matin pour aller travailler sans être rémunéré, s’il sait qu’il sera sanctionné s’il ne respecte pas sa peine. Et ainsi de suite.

Autrement dit, il est faux de considérer ces mesures comme des “ alternatives ” aux courtes peines de prison. En réalité elles ne peuvent fonctionner que si elles sont liées à de courtes peines, comme sanction du non-respect de ses obligations par le condamné.

Le président Macron nous dit que les courtes peines ont pour seul effet de « désocialiser » ceux à qui elles sont infligées. Elles sont “ nuisibles ”, paraît-il.

Mais posez vous la question :

Qu’est-ce qui désocialise le plus ? Une peine de quelques semaines ou quelques mois, qui vous fait prendre conscience de la gravité de ce que vous avez commis, et du fait que, si vous continuez, vous serez puni rapidement et de plus en plus sévèrement ?

Ou bien une longue peine, prononcée après d’innombrables sursis et mises à l’épreuve, qui vous ont permis d’accumuler les délits, de vous enfoncer dans la délinquance et de développer des habitudes de vie qui rendent désormais très difficiles votre retour à une vie honnête ?

Vous voulez des exemples ?

Regardez les Pays-Bas. La délinquance y a baissé de près d’un quart en dix ans. Or, que font les Néerlandais ? Ils incarcèrent fréquemment pour de courtes peines.

En 2014 il y a eu presque 87 000 entrées en détention pour la France contre 43 000 pour les Pays-Bas. Si l’on rapporte ces chiffres à la population de ces deux pays, on obtient donc un taux de 130 entrées pour 100 000 habitants pour la France contre un taux de 252 entrées pour 100 000 habitants aux Pays-Bas.

Alors que la moyenne de durée des peines de prison oscille en France entre 8 et 10 mois, la durée moyenne affichée par les Pays-Bas n’est que de 2,9 mois. Le taux de renouvellement à l’intérieur des prisons est donc également beaucoup plus important aux Pays-Bas qu’en France.

Un autre exemple ?

La ville de New-York. La criminalité y a baissé de près 90% en 25 ans. La plus forte baisse jamais enregistrée dans aucun pays. Pourtant la population carcérale ne s’est pas envolée. Le nombre de détenus dans les maisons d’arrêt de la ville a même décliné.

Mais le nombre d’arrestations annuelles pour de petits délits a lui plus que doublé et les admissions à Rikers Island, la principale prison new-yorkaise, n’ont pas cessé d’augmenter.

Comme les Néerlandais, les juges New-Yorkais n’hésitent pas à prononcer de courtes et très courtes peines de prison et le taux de rotation des prisonniers à l’intérieur des maisons d’arrêt est donc beaucoup plus élevé qu’en France.

Les jeunes hommes sont plus fréquemment arrêtés pour des incivilités ou de petites infractions, mais une intervention précoce et rapide évite à nombre d’entre eux de basculer dans des conduites criminelles plus sérieuses qui auraient pour conséquence une longue incarcération.

Le président Macron se trompe complètement. Les courtes et très courtes peines sont nécessaires. Elles sont efficaces lorsqu’elles sont utilisées intelligemment.

Mais en France, il ne sera pas possible d’imiter les Pays-Bas ou la ville de New-York tant que nous souffrirons d’une telle sous-dotation carcérale. Construire les 15 000 places promises aurait été le strict minimum pour améliorer la sécurité des Français.

Et ces 15 000 places nous ne les aurons pas. Le président Macron a été très clair, cette fois-ci.

Mais vous savez, il y a quelque chose qui m’inquiète encore plus dans ce discours.

Le Président Macron prétend que la justice française enferme trop, que notre population carcérale n’a pas cessé d’augmenter. Mais à aucun moment dans son discours il n’a fait référence à l’état de la délinquance, à l’augmentation de la criminalité.

C’est un peu comme si le président se plaignait que nos hôpitaux soient pleins, sans se soucier du nombre de gens qui sont malades. S’il y a plus de malades, il devrait y avoir plus de places dans les hôpitaux, pas vrai ? Et si la délinquance augmente, il est normal que plus de gens soient envoyés en prison. Non ?

Et à votre avis, quel est l’état de la délinquance en France ?

En février dernier, le journal Le Figaro révélait que, en 2017, les violences “ non crapuleuses “ – c’est-à-dire toutes celles qui n’ont pas été commises dans le but de voler -, avaient encore grimpé de + 3,24 %… soit en moyenne 777 faits de violence “ gratuite “ par jour !

Le criminologue Alain Bauer dresse ce sombre constat :

« L’augmentation résolue des violences saute aux yeux. Celle des règlements de comptes entre malfaiteurs, mais aussi des attaques contre tout porteur d’uniforme, traduit une sorte de désocialisation. Nous assistons à une quasi-militarisation criminelle du contrôle des territoires (entre bandes) et à un recul général de la civilité (contre les individus). Les forces de l’ordre, les pompiers, sont victimes d’agressions préméditées. Avant, on s’en prenait à eux parce qu’ils pouvaient gêner de façon impromptue. Là, sans même qu’ils viennent perturber l’activité criminelle, on leur tend des guets-apens. L’image et la crédibilité de l’État se dégradent. Ce constat vaut aussi pour les agressions contre les gardiens de prisons à l’intérieur même de celles-ci. »

Face à cet ensauvagement croissant de notre société, il est très inquiétant de constater que le président ne tiendra pas sa promesse, qu’il pense que la justice envoie trop de gens en prison, et que nous devrions remettre des milliers de délinquants dans la nature.

Je vous l’ai dit, il vient un moment où les masques tombent.

Emmanuel Macron s’est fait élire notamment sur un programme de fermeté envers la délinquance. Et il continue d’avoir des paroles de fermeté. Mais les actes ne suivent pas. Ils vont même à l’inverse de ces paroles fermes.

Et si vous écoutez attentivement ce que dit notre président, vous pouvez entendre une autre petite musique, que vous et moi connaissons bien. La musique que nous a joué pendant quatre ans Christiane Taubira.

Avec tout mon dévouement,
Laurence Havel

ps : je vous avais prévenu, ce mail est un peu long, mais je devais vous livrer l’analyse que nous faisons de ce discours. Prochaine étape : la mise en place de notre riposte pour que les députés aient accès à d’autres arguments pour s’opposer avec intelligence à la réforme pénale qui vient.

Sécurité : le rapport confidentiel qui dérange et qui ne fait pas de bruit…

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Chère Madame, cher Monsieur,

Quand nous sommes invités dans les médias ou dans des colloques, on nous dit souvent que l’IPJ exagère, que nous “jouons sur les peurs” , que la situation en France n’est pas aussi préoccupante que ce que nous voulons bien dire…

Bien sûr, vous vous en doutez, ce sont nos contradicteurs aux idées proches du syndicat de la Magistrature qui tiennent ce genre de discours.

J’admets que, parfois, leur naïveté me fait sourire. Nous serions, nous, les oiseaux de mauvais augure… Que voulez-vous, Montaigne le disait déjà : « il est impossible de faire concevoir à un homme naturellement aveugle qu’il ne voit pas » …

Seulement voilà : les faits sont tenaces et parfois ce sont les services officiels eux-mêmes qui se chargent d’apporter les mauvaise nouvelles. La Gendarmerie nationale a publié en février son rapport annuel relatif à la criminalité organisée. Il n’a fait aucun bruit dans les médias, et pourtant ce qu’il contient est explosif.

Le Criminologue Xavier Raufer, expert de l’IPJ, a eu accès à ce rapport et l’a résumé dans le magazine l’Incorrect. Il parle « d’un document terrible, révélant un réel criminel pire que ce qu’entrevoyaient les criminologues réalistes : un document exposant en détail, à travers les territoires, les métropoles, les couronnes et les périphéries, l’origine des criminels, et les crimes qu’ils commettent vraiment dans la vraie vie. »

Il le résume de cette façon : « Voici les faits, en France métropolitaine, les bandits autochtones ont quasi-disparu. Songeons au jadis exubérant “ milieu lyonnais-stéphanois , […] il est désormais incarné par des malfaiteurs d’origine nord-africaine ».

Toute la délinquance aux quatre coins de la France est passée au crible et classée en de nombreuses catégories : cambriolages de résidences principales ou secondaires, garages, exploitations agricoles, pillage de carburant, véhicules, vols à la roulette, vols avec violence ou à main armée, commerces, bijouteries, trafic de drogues, d’êtres humains, de faux-documents…

Les auteurs sont eux-aussi passés au crible. En vrac, voilà les groupes relevés par Xavier Raufer dans le rapport : « Groupes criminels issus des cités dont les membres, dit le rapport, sont des “ immigrés maghrébins ou africains “, […] des groupes criminels “ issus des pays de l’Est “, ” les albanophones “, “ les Géorgiens ”, “ les gens du voyage “ » …

Chaque type de crime paraît être la spécialité d’une mafia particulière :

« Des guyanais-Surinamiens (stupéfiants), des Irako-Kurdes et Iraniens (trafic de migrants), des Géorgiens et Arméniens (vols en masse), des Equatoriens, Paraguayens, Dominicains, Brésiliens et Africains (proxénètes), des Lettons (Dark Web, stupéfiants), des Maliens (escroqueries), des Lituaniens (vols ” à la commande “), des Chiliens et Colombiens (vols de bijoux, montres et objets de luxe) ».

Un véritable inventaire à la Prévert de la criminalité organisée…

Mais ces constats nous amènent surtout à faire quelques réflexions.

Il semblerait donc que le caractère laxiste de notre système pénal soit désormais connu au-delà de nos frontières et qu’il attire la délinquance étrangère sur notre sol.

Non seulement notre justice n’est pas capable de dissuader efficacement la délinquance française, mais en plus ses carences amènent de plus en plus de criminels étrangers à opérer chez nous !

Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Tous les médias en parlent, ce n’est un secret pour personne : il y a trop peu de places de prison dans notre pays.

Avec 69 596 détenus en février pour 59 848 places opérationnelles de prison (dont 4 à 5 000 demeurent inoccupées pour des raisons diverses), la France compte aujourd’hui environ 15 000 détenus en surnombre.

Rendez-vous compte : 15 000 détenus ! L’équivalent de la population de Fontainebleau, des Sables d’Olonne ou de Lourdes.

15 000 places de prison c’est aussi ce que le Président de la République avait promis de construire durant son quinquennat quand il était en campagne l’année dernière.

Mais alors il avait besoin d’être élu…

Aujourd’hui son discours a bien changé et en vous écrivant je songe à ce que disait un ancien ministre de l’Intérieur : « les promesses n’engagent que ceux qui y croient »…

La semaine dernière, les belles paroles se sont justement envolées, en déplacement à Agen, Emmanuel Macron s’est pris à expliquer devant l’École nationale d’administration pénitentiaire qu’il allait se contenter de construire 7 000 places de prison en cinq ans.

7 000 places seulement. C’est-à-dire moins de la moitié de l’engagement qu’il avait pris devant l’ensemble des Français.

La montagne a accouché d’une souris.

Alors, bien sûr, on peut toujours tenter de fuir la réalité, de se bercer d’illusions, en cherchant par exemple à se convaincre qu’une bonne partie des détenus qui sont actuellement en prison n’y ont pas leur place.

On peut dire que l’IPJ exagère, comme je vous le disais au début, que notre pessimisme n’est pas justifié.

Mais, il est de notre devoir de regarder la réalité en face.

Pour une minorité des détenus, à commencer par les déséquilibrés mentaux, c’est sans doute exact, leur place n’est pas en prison, ils doivent aller dans d’autres institutions. Mais pour un grand nombre d’autres, le doute n’est guère permis.

Marc Lifchitz, vice-procureur et secrétaire général adjoint du syndicat Unité Magistrats SNM-FO, disait récemment sur Europe 1 que « 41% des peines d’emprisonnement ferme concernent soit des récidivistes, soit des réitérants, donc des gens que la justice connaît déjà et depuis un certain temps ».

41%.

Presque la moitié. Sachant bien sûr que la justice n’a connaissance, en règle générale, que d’une partie de l’activité criminelle de ces individus et qu’un certain nombre de gens qui sont condamnés pour la première fois ont en réalité déjà plusieurs crimes ou délits à leur actif.

Depuis longtemps les criminologues ont remarqué qu’environ 50% de tous les crimes et délits sont commis par à peu près 5% des délinquants.

Ce sont ceux-là qui, très majoritairement, remplissent nos prisons. Car contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, la prison est depuis longtemps le dernier recours de la justice. Celle-ci fait tout ce qu’elle peut pour éviter d’envoyer les délinquants derrière les barreaux, au détriment même parfois de la sécurité de la population.

La justice française n’incarcère pas trop. Elle n’incarcère pas assez, comme vient justement le montrer l’attractivité de notre territoire pour le crime organisé venu de l’étranger…

Faire marche arrière sur la construction des places de prison, n’est ce pas envoyer un message d’encouragement supplémentaire pour tous les criminels séduits par le système “ passoire “ français ?

Nous devons absolument faire comprendre à nos dirigeants que leurs décisions peuvent avoir des conséquences extrêmement graves. Il ne suffit pas de prendre les avis des idéologues qui gravitent depuis trop longtemps autour du ministère de la Justice pour fonder un projet réaliste de politique pénale.

Aujourd’hui, il faut aussi lire les rapports de la Gendarmerie, savoir ce qu’il se passe vraiment dans la campagne champenoise, dans les quartiers nord de Marseille, dans les villages bretons, dans les arrondissements de Lyon…

La ministre doit entendre d’autres sons de cloche, recevoir des avis divergents, des témoignages et des propositions qui la mettent en contact avec la réalité. C’est très important.

Pour cela, je vous demande de répondre à ce questionnaire que nous avons préparé. Votre avis compte. Et si vous êtes des milliers à y répondre, vos voix seront plus fortes. Nous les porterons sur la place publique.

Je vous demande de remplir le questionnaire en cliquant ici.

Si nous n’agissons pas, qui le fera ?

Avec tout mon dévouement,
Laurence Havel