Je ne l’oublierai jamais, et vous?


Chère Madame, cher Monsieur,
J’étais dans ma cuisine, je terminais de ranger la vaisselle quand mon mari est venu me chercher en me disant « viens voir la télé, vite, il s’est passé quelque chose ».

Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le 13 novembre 2015 ?
Aujourd’hui, cela fait 4 ans que les attaques islamistes du Bataclan, des terrasses de café et de Saint-Denis ont eu lieu.

À l’IPJ, nous n’oublierons jamais les victimes. Elles sont la raison de notre combat.
Celles qui sont mortes et celles qui sont encore là, mutilées ou psychologiquement blessées.
Nous n’oublierons jamais leurs proches. Les parents amputés de leurs enfants, les orphelins, les conjoints dévastés, les frères et soeurs.
4 ans après cette tragédie nationale, nos revendications n’ont pas changé :
Nous voulons que Justice soit rendue. Sans angélisme, sans naïveté et avec courage.
Nous voulons que les victimes soient entendues et reconnues comme telles.
Nous voulons que la loi protège les Français.
Un point c’est tout.
Avec tout mon dévouement,
Laurence Havel

« Plan banlieues » ou tonneau des Danaïdes?

Chère Madame, cher Monsieur,

Vous connaissez sûrement l’expression « remplir le tonneau des danaïdes ». Dans la mythologie grecque, les Danaïdes sont les cinquante filles du roi Danaos qui, en châtiment de leurs crimes, ont été condamnées, aux Enfers, à remplir sans fin un tonneau troué.

C’est une légende bien sûr.

Mais parfois on peut se demander si ce n’est pas une bonne description de la réalité.

Par exemple en ce qui concerne « la banlieue » ou, comme on dit parfois, « les cités sensibles ».

Depuis quarante ans, il y a eu plus d’une dizaine de « plans banlieue ». Le coût total de cette politique de la ville est très difficile à chiffrer, mais il se monte certainement à des dizaines de milliards d’euros. Certains estiment même qu’on serait plus proche des cent cinquante milliards.

À quoi ont servi tous ces milliards qui ont été demandés au contribuable ?

Pas à réduire l’insécurité. Il y a aujourd’hui plus de 750 « zones urbaines sensibles » dans toute la France, et dans certaines d’entre elles les conflits entre malfrats se règlent désormais en pleine rue et à coups de fusils d’assaut.

Pas à favoriser la « mixité sociale » puisque les citoyens ordinaires désertent les « banlieues » dès qu’ils le peuvent pour échapper à la loi des bandes.

Pas à améliorer l’emploi dans des zones où le taux de chômage est le double de celui de la moyenne nationale.

Pas à réduire la pauvreté : la proportion de personnes vivants sous le seuil de pauvreté dans les « zones sensibles » est trois fois supérieure à ce qu’il est ailleurs.

Emmanuel Macron a d’ailleurs déclaré l’année dernière, en Conseil des Ministres : « La politique de la ville est un échec. Depuis 20 ans, on a donné des milliards sans jamais régler les problèmes », comme l’a rapporté le Canard Enchainé.

Et pourtant… le Premier ministre vient d’annoncer un « plan d’action pour la Seine-Saint-Denis », accompagné, selon ses termes, « d’un investissement massif de l’État ces dix prochaines années ».

Il faut dire que la situation de ce département est plus que préoccupante.

Taux de pauvreté : 28 % (le double de la France métropolitaine). Taux de chômage : 12,7 % (trois points au-dessus de la moyenne nationale et quatre points au-dessus de la moyenne d’Île-de-France).

La délinquance mine le quotidien, avec presque 7 % de hausse des crimes et délits en trois ans, des trafics de drogue sans cesse plus tentaculaires, sans même parler des incivilités innombrables.

Pourtant, enseignants, médecins, policiers, magistrats y sont en sous-nombre et tout le monde sait bien que le 93 est devenu une « école de formation » pour les agents moins expérimentés : le « turnover » y est considérable… tout comme le taux d’arrêt maladie chez les fonctionnaires, usés par les conditions de travail qu’ils y trouvent.

Parmi les mesures annoncées par le Premier ministre, certaines tentent de remédier à cette situation déplorable. Avec par exemple la mise en place d’une prime de fidélisation de 10 000 € pour les agents des services publics de l’État en Seine-Saint-Denis, l’affectation de 100 officiers de police judiciaire supplémentaires sur deux ans, la rénovation des commissariats, de la vidéo surveillance…

Tout cela est bel et bon, mais comment peut-on espérer remplir un tonneau qui continue à fuir de partout ?

L’État prétend régler les problèmes de la Seine-Saint-Denis mais il n’est même pas capable de savoir combien il y a d’habitants dans ce département !

Un rapport parlementaire l’avait révélé l’année dernière, dans le 93 les « personnes en situation irrégulière seraient entre 150 000, 250 000 voire 400 000 », ce qui équivaut à la population d’un département comme l’Ariège (152 000 habitants), le Jura (259 000 habitants), voire les Landes (411 000) ». Soit, entre 8 % et 20 % de la population.

Pour la seule immigration régulière, le rapport rappelle que, « parmi les 36 communes de France métropolitaine comptant plus de 10 000 habitants et dont plus de 30 % de la population est d’origine étrangère, 15 sont situées en Seine-Saint-Denis. »

En réalité, « Le département est un sas d’entrée de la France par l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle qui accueille chaque année 65 millions de passagers. »

Comment régler les problèmes d’école, de pauvreté, de logement social, si pendant que la République déverse des milliards, le département se remplit sans cesse de nouveaux pauvres venus de l’autre bout du monde ?

L’ancien préfet Michel Aubouin l’expliquait très clairement dans son livre 40 ans dans les cités paru il y a quelques mois :

« Dans ce mouvement sans fin, tant que de nouveaux venus remplacent ceux qui étaient arrivés la veille, l’inéluctable mécanique de la dégradation ne peut s’arrêter. Des jeunes, originaires d’Afrique subsaharienne, ont supplanté de jeunes Maghrébins de jadis dans le trafic de drogue et l’attaque à la portière. Demain ce seront peut-être des jeunes de la Corne de l’Afrique ou des plateaux arides de l’Afghanistan. Personne ne saurait le dire, car les flux de l’immigration ne faiblissent jamais et leur origine fluctue au hasard des époques. C’est d’ailleurs la principale faiblesse de tous les rapports rendus sur la situation des “ quartiers “ : ils traitent d’un objet figé dans le temps, alors qu’il est un flux ininterrompu.

Considéré sous cet angle, le constat est sans appel. Jamais la France n’aura assez de logements sociaux à offrir à tous ceux qui viennent s’y installer. Les chiffres sont éloquents : il est arrivé, l’an dernier, près de 200 000 célibataires, sans doute désireux de fonder une famille, quand le parc du logement social avait, dans le même temps et au prix d’un effort colossal, à peine augmenté de la moitié.

»

Quant à l’insécurité, à quoi sert d’augmenter le nombre de policiers et de reconstruire des commissariats si la chaîne pénale est toujours aussi engorgée ? À quoi sert que les policiers arrêtent les délinquants si ceux-ci ne peuvent pas être envoyés en prison faute de place ou bien sont relâchés bien avant la fin de la peine prononcée ?

Le premier ministre essaye de nous faire croire qu’il va réussir à remplir le tonneau des Danaïdes, mais bien sûr il n’y réussira pas et c’est à vous, c’est à moi et à tous les Français que l’on va demander de déverser encore de l’argent, toujours plus d’argent dans un tonneau que le gouvernement se refuse obstinément à boucher…

Il est temps de dire stop à cette gabegie. Il est temps de dire à nos dirigeants qu’ils se trompent de diagnostic et que leurs « solutions » n’en sont pas. Les solutions en matière d’insécurité, nous les avons étudiées et nous les connaissons. Nous travaillons sans relâche à les faire connaître et à combattre les tenants de la culture de l’excuse et du fatalisme qui, malheureusement, sont très présents dans les ministères.

Nous sommes aujourd’hui les seuls à le faire. Mais nous avons besoin de vous pour pouvoir continuer à agir, pour pouvoir continuer à nous battre pour améliorer réellement la sécurité quotidienne des Français.

Nous ne recevons absolument aucune subvention, ce qui est le gage de notre totale indépendance, et nous dépendons uniquement de vos dons généreux pour exister.

Sans votre aide financière, nous ne pourrons absolument pas continuer nos actions. Nous ne pourrons rien faire.

Ne condamnez pas l’IPJ à l’inaction. Faites un don, même minime, à notre association en cliquant ici.

Avec tous mes remerciements et tout mon dévouement,

Laurence Havel

Vous souvenez-vous des « sauvageons »?


Chère Madame, cher Monsieur,

Je crois que nous n’avons pas la même conception de la fermeté ni de la gravité qu’Edouard Philippe.

Voilà ce que le Premier ministre a osé dire au lendemain des violences et des dégradations commises à Chanteloup-les-Vignes.

« J’adresse un message de fermeté à l’égard de la petite bande d’imbéciles et d’irresponsables qui pensent que tout casser est une façon de faire avancer les choses. »

À l’IPJ, nous ne parlons pas d’une « petite bande d’imbéciles et d’irresponsables » mais de criminels. De criminels parfaitement responsables de leurs actes.

Oui, il est criminel d’incendier un chapiteau de cirque (construit notamment pour accueillir les enfants de Chanteloup-les-Vignes), de saccager le mobilier public, de prendre pour cibles les policiers dans des guet-apens, d’attaquer les forces de l’ordre avec des tirs de mortiers…

Non, ces « jeunes » ne veulent pas « faire avancer les choses » comme le dit Edouard Philippe puisque justement, leur but est de maintenir ces quartiers sous leur coupe pour faire fleurir les trafics en tous genres. La drogue en numéro un bien sûr.

Ils ne veulent pas « faire avancer les choses », ils veulent chasser toute trace de l’État français dans leur cité pour ne pas avoir à en accepter les lois et vivre selon leurs propres règles.

Catherine Arenou, la maire LR de Chanteloup ne me contredira pas : « Depuis début septembre, l’éclairage public dans la cité est attaqué tous les jours, toutes les nuits, on fait des réparations, des équipes spécialisées qui viennent réparer sont attaquées elles mêmes, il y a eu 3 blessés parmi les gens qui viennent réparer, il y en a un qui a passé une nuit aux urgences. Ca veut dire que ces jeunes ne respectent même pas le travail et la vie humaine ».

Guillaume Jeanson, le porte-parole de l’IPJ interrogé par le Figaro hier, a cité le remarquable ouvrage de Barbara Lefebvre :

« Derrière la provocation réside une véritable “fracture socioculturelle”. Dans son livre Génération “j’ai le droit”, Barbara Lefebvre démontre très justement comment “des pans entiers du territoire national ont été perdus parce qu’ils ont été abandonnés culturellement. Non économiquement, contrairement aux banalités répétées en boucle sur l’abandon des banlieues, car très tôt, elles furent l’objet de toutes les aides publiques” ».

En fait, on pourrait résumer la situation en disant que ces « jeunes » pourrissent la vie de ces quartiers, où des gens honnêtes vivent tenaillés par la peur, coûtent beaucoup d’argent aux contribuables, vivent du trafic de drogues et végètent dans l’islamisme.

Un habitant de Chanteloup, interrogé par les médias, a même expliqué : « Ce qu’on veut vous faire comprendre c’est qu’on en a marre, on en marre, il y a des plages nudistes, je ne vois pas pourquoi il n’y aurait pas de plages islamiques ».

Tout se mélange ! Des revendications religieuses, de la violence gratuite, la détestation des policiers, la guerre des territoires…

Car les violences commises ce week-end à Chanteloup-les-Vignes sont loin d’être isolées. Depuis quelques semaines, de nombreuses cités s’embrasent autour de Paris. Cela fait même l’objet d’un concours sur les réseaux sociaux. À tour de rôle les cités sombrent dans des violences en cascade. C’est à qui sera le plus inventif…

Mantes-la-Jolie les 12 et le 24 octobre, Grigny le 13 octobre, Etampes les 15 et 18 octobre, Les Mureaux le 18 octobre, Champigny et Emerainville le 21 octobre et Chanteloup-les-Vignes le week end dernier. Quelle sera la prochaine ?

Tant que les effectifs de la police ne seront pas augmentés, tant que la police ne pourra pas aller dans ces zones de non-droit, tant qu’elle sera forcée de relâcher les individus qu’elle passe son temps à arrêter, les choses ne vont pas s’arranger.

Monsieur le Premier ministre, les « imbéciles et irresponsables » ont tout compris, ils profitent du vide qu’ils ont en face d’eux.

Avec tout mon dévouement,

Laurence Havel

ps : Vous pouvez lire l’entretien de Guillaume Jeanson avec le Figaro Vox en cliquant ici

Votre ville est-elle concernée ?


Chère Madame, cher Monsieur,

« Une réforme de la justice dictée par les résultats électoraux d’En Marche ! »

Voilà l’un des gros titres du Canard Enchaîné paru mercredi dernier. Et depuis sa parution les réactions indignées se sont multipliées. 24 députés ont même écrit à Emmanuel Macron pour demander des explications.

C’est qu’en effet l’affaire est grave.

De quoi s’agit-il ?

Le gouvernement envisage de supprimer des postes de magistrats dans une trentaine de villes. Les affaires traitées par ces magistrats seront confiées à des juridictions plus importantes situées dans d’autres villes.

Autrement dit, le gouvernement cherche, à terme, à fermer les tribunaux de proximité, ceux qui traitent le moins d’affaires chaque année, pour faire des économies, un peu de la même manière que l’on ferme des maternités ou des hôpitaux au motif qu’ils accueillent trop peu de patients.

Ce serait déjà délicat, car les Français sont très attachés à leurs services publics de proximité. Mais là où cela pourrait devenir scandaleux, c’est que ces suppressions de postes ne seraient pas dictées par des considérations de bonne administration de la justice mais par les intérêts électoraux du parti du président de la République !

Le Canard Enchaîné publie ainsi une note confidentielle, dans laquelle le ministère de la Justice sollicite une réunion avec l’un des conseillers du Premier ministre et « les experts des élections municipales » de la République en marche afin de connaître les villes qui sont de potentielles « cibles électorales » et ainsi « différer les annonces » de la réforme de la carte judiciaire. Sous-entendu : après les élections municipales.

Faut-il comprendre que, selon que vous faites ou non allégeance au parti du président, vous risquez de voir supprimer des postes dans le tribunal de votre ville, et peut-être le tribunal lui-même ?

Interrogée sur Sud-Radio, Nicole Belloubet, la garde des Sceaux, n’a pas démenti l’existence de cette note confidentielle.

Les politiques n’ont pas été les seuls à monter au créneau après ces révélations. Les syndicats de magistrats ont également exprimé leur « consternation » et leur « stupéfaction » et dénoncent une « scandaleuse instrumentalisation de la réforme de la Justice à des fins électoralistes ».

À l’Institut pour la Justice, nous sommes également très préoccupés.

Cette révélation faite par le Canard Enchaîné vient malheureusement comme une confirmation : améliorer la sécurité des Français et remédier aux graves dysfonctionnements de notre système judiciaire n’est pas une priorité pour le gouvernement, et c’est le moins que l’on puisse dire.

Nous savions déjà qu’Emmanuel Macron avait totalement abandonné sa promesse de campagne de construire 15 000 nouvelles places de prison durant son quinquennat.

Nous savions que la grande réforme de la justice promise par Madame Belloubet n’a accouché que de demi-mesures qui ne satisfont personne et qui ne résolvent aucun problème de fond.

Nous savons également que les projets de la garde des Sceaux en ce qui concerne la réforme de la justice des mineurs sont très inquiétants, avec notamment l’instauration de l’irresponsabilité pénale jusqu’à 13 ans.

Et maintenant nous apprenons que les calculs électoraux passent avant l’intérêt des justiciables.

Il se pourrait que cette dernière manipulation soit la goutte d’eau qui fasse déborder le vase et qu’une tempête soit en train de se lever contre le gouvernement, car les protestations se multiplient de partout.

Plus que jamais notre vigilance et notre mobilisation sont nécessaires pour essayer d’arrêter les projets nocifs du gouvernement.

Vous pouvez compter sur nous pour ne rien laisser passer. Nous vous tiendrons au courant des développements de cette affaire.

Avec tout mon dévouement,

Laurence Havel

Le naufrage de Paris

institutjustice

Chère Madame, cher Monsieur,

Il ne se passe pratiquement pas une semaine sans que je lise un article qui évoque l’état de dégradation de notre capitale. Travaux incessants qui provoquent des embouteillages permanents, saleté croissante, rats qui pullulent, et surtout délinquance galopante, tout le monde ou presque semble d’accord sur ce triste constat.

Y compris des personnalités médiatiques qui, a priori, n’habitent pas les pires quartiers qui soient.

La semaine dernière, c’était Le Point qui rapportait les propos du chanteur Alain Souchon, qui a toujours vécu à Paris mais qui désormais envisage de quitter une ville devenue « sale et violente ».

Un peu avant, c’était l’acteur Fabrice Luchini qui n’hésitait pas à comparer son quartier, le 18e arrondissement, avec « une ville du Moyen-Orient » en raison de sa « saleté sublime » et qui déclarait que Paris n’était « absolument plus habitable ».

Et que dire des visiteurs étrangers, qui arrivent dans ce qu’ils imaginent être « la ville lumière » et qui découvrent la réalité du Paris d’aujourd’hui…

Il se trouve justement que j’ai reçu il y a quelque jours une sorte de « carte postale » envoyée par l’un de nos experts, le docteur Theodore Dalrymple.

Le docteur Theodore Dalrymple est anglais, mais il connaît bien la France et notamment Paris, dans laquelle il vient souvent.

Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous son texte. Je crois que tous ceux qui sont venus un jour à Paris ces dernières années se reconnaîtront dans son constat alarmé.

« Deux choses me déplaisent ou m’inquiètent lors de mes visites à Paris. Le premier est le caractère hideux de presque tout ce qui a été construit depuis 1945 et le second est le nombre de resquilleurs dans le Métro. Je les observe avec une fascination horrifiée.

Les resquilleurs semblent se diviser en deux catégories principales : ceux qui sautent par-dessus les barrières et ceux qui vous poussent par derrière pour franchir les barrières, comme si votre ticket était un ticket pour deux. Ces derniers sont plus souvent des femmes que des hommes.

Ce qui me frappe le plus chez les resquilleurs, particulièrement chez ceux qui sautent vigoureusement par-dessus les barrières, c’est leur impudence. Ils enfreignent la loi au su et au vu des autres passagers, et beaucoup d’entre eux semblent avoir une allure triomphante une fois qu’ils sont sur le quai, comme s’ils venaient d’accomplir quelque chose d’assez remarquable. Loin de dissimuler leur délit, ils semblent presque s’en vanter et le jeter à la face des spectateurs.

Ma femme (qui est, ou a été, parisienne) et moi-même essayons parfois d’arrêter ceux qui poussent derrière nous dans leur tentative de voyager avec nos billets, mais ils réagissent à nos efforts non pas avec embarras, comme s’ils étaient pris en flagrant délit, mais avec indignation, comme si nous violions leurs droits, et comme si nous n’avions ni le goût de l’amusement ni le sens de l’humour. Dans la Gare du Nord, j’ai vu une fois un jeune homme arracher un téléphone portable de la veste d’un touriste américain, qui fut assez rapide pour le lui reprendre. Le visage de l’apprenti voleur n’exprimait pas la peur ou l’embarras, ni même la déception, mais l’indignation devant l’acte de lèse-majesté commis par le touriste. C’était comme si le voleur considérait son vol comme une forme légitime de perception de l’impôt.

Personne n’ose intercepter ceux qui sautent par-dessus les barrières du métro, qui pour la plupart sont, bien sûr, jeunes et en forme. Les autres passagers ont probablement peur de le faire, car certains resquilleurs pourraient avoir des couteaux sur eux et personne ne voudrait mourir pour un tel motif. Bien sûr, si les passagers honnêtes se regroupaient ils pourraient facilement dominer un seul resquilleur, mais parfois ils sont deux ou trois à la fois et de toute façon les gens sont occupés ; une telle action leur ferait perdre du temps et pourrait leur causer des problèmes juridiques fastidieux. L’impunité est la meilleure partie de la vaillance.

Je soupçonne également (bien que je ne puisse pas le prouver) que d’autres pensées et sentiments inhibent leur action. Les resquilleurs sont principalement jeunes et probablement relativement pauvres ; ils pourraient être au chômage. Le fait qu’ils soient souvent équipés d’iphones et de chaussures Nike ou Adidas les plus récentes et les plus absurdement chères ne rentre pas en ligne de compte : ces biens pourraient avoir été volés plutôt qu’achetés. Mais les resquilleurs sont pour la plupart des défavorisés et certains d’entre eux au moins appartiennent à des minorités ethniques. Ils sont donc poussés à frauder par nécessité plutôt que par malignité, ou alors ils se vengent d’une société fondamentalement injuste et de plus en plus inégale, dans laquelle certains peuvent facilement se payer un ticket de métro et d’autres pas. Essayer de les empêcher de frauder serait donc ajouter l’injustice à l’injustice.

Ces pensées et ces sentiments sont une rationalisation de la complicité de fait avec les resquilleurs. Ils apaisent le désagréable sentiment de culpabilité et d’impuissance qu’éprouve le citoyen face à la petite délinquance dont il est chaque jour témoin et qui autrement le pousserait au désespoir. La publicité accordée depuis de nombreuses années aux théories sociologiques, criminologiques et psychologiques qui excusent le crime ont sapé la confiance des citoyens dans leur propre jugement moral et dans la légitimité de tout système concevable de justice pénale, et pas seulement de celui qui existe aujourd’hui. Il est difficile de réprimer la criminalité dans de telles conditions – la criminalité qui, nous devons toujours nous en rappeler, frappe les pauvres bien plus que les riches.

»

Avec tout mon dévouement,

Laurence Havel

Le naufrage de Paris

Chère Madame, cher Monsieur,

Il ne se passe pratiquement pas une semaine sans que je lise un article qui évoque l’état de dégradation de notre capitale. Travaux incessants qui provoquent des embouteillages permanents, saleté croissante, rats qui pullulent, et surtout délinquance galopante, tout le monde ou presque semble d’accord sur ce triste constat.

Y compris des personnalités médiatiques qui, a priori, n’habitent pas les pires quartiers qui soient.

La semaine dernière, c’était Le Point qui rapportait les propos du chanteur Alain Souchon, qui a toujours vécu à Paris mais qui désormais envisage de quitter une ville devenue « sale et violente ».

Un peu avant, c’était l’acteur Fabrice Luchini qui n’hésitait pas à comparer son quartier, le 18e arrondissement, avec « une ville du Moyen-Orient » en raison de sa « saleté sublime » et qui déclarait que Paris n’était « absolument plus habitable ».

Et que dire des visiteurs étrangers, qui arrivent dans ce qu’ils imaginent être « la ville lumière » et qui découvrent la réalité du Paris d’aujourd’hui…

Il se trouve justement que j’ai reçu il y a quelque jours une sorte de « carte postale » envoyée par l’un de nos experts, le docteur Theodore Dalrymple.

Le docteur Theodore Dalrymple est anglais, mais il connaît bien la France et notamment Paris, dans laquelle il vient souvent.

Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous son texte. Je crois que tous ceux qui sont venus un jour à Paris ces dernières années se reconnaîtront dans son constat alarmé.

« Deux choses me déplaisent ou m’inquiètent lors de mes visites à Paris. Le premier est le caractère hideux de presque tout ce qui a été construit depuis 1945 et le second est le nombre de resquilleurs dans le Métro. Je les observe avec une fascination horrifiée.

Les resquilleurs semblent se diviser en deux catégories principales : ceux qui sautent par-dessus les barrières et ceux qui vous poussent par derrière pour franchir les barrières, comme si votre ticket était un ticket pour deux. Ces derniers sont plus souvent des femmes que des hommes.

Ce qui me frappe le plus chez les resquilleurs, particulièrement chez ceux qui sautent vigoureusement par-dessus les barrières, c’est leur impudence. Ils enfreignent la loi au su et au vu des autres passagers, et beaucoup d’entre eux semblent avoir une allure triomphante une fois qu’ils sont sur le quai, comme s’ils venaient d’accomplir quelque chose d’assez remarquable. Loin de dissimuler leur délit, ils semblent presque s’en vanter et le jeter à la face des spectateurs.

Ma femme (qui est, ou a été, parisienne) et moi-même essayons parfois d’arrêter ceux qui poussent derrière nous dans leur tentative de voyager avec nos billets, mais ils réagissent à nos efforts non pas avec embarras, comme s’ils étaient pris en flagrant délit, mais avec indignation, comme si nous violions leurs droits, et comme si nous n’avions ni le goût de l’amusement ni le sens de l’humour. Dans la Gare du Nord, j’ai vu une fois un jeune homme arracher un téléphone portable de la veste d’un touriste américain, qui fut assez rapide pour le lui reprendre. Le visage de l’apprenti voleur n’exprimait pas la peur ou l’embarras, ni même la déception, mais l’indignation devant l’acte de lèse-majesté commis par le touriste. C’était comme si le voleur considérait son vol comme une forme légitime de perception de l’impôt.

Personne n’ose intercepter ceux qui sautent par-dessus les barrières du métro, qui pour la plupart sont, bien sûr, jeunes et en forme. Les autres passagers ont probablement peur de le faire, car certains resquilleurs pourraient avoir des couteaux sur eux et personne ne voudrait mourir pour un tel motif. Bien sûr, si les passagers honnêtes se regroupaient ils pourraient facilement dominer un seul resquilleur, mais parfois ils sont deux ou trois à la fois et de toute façon les gens sont occupés ; une telle action leur ferait perdre du temps et pourrait leur causer des problèmes juridiques fastidieux. L’impunité est la meilleure partie de la vaillance.

Je soupçonne également (bien que je ne puisse pas le prouver) que d’autres pensées et sentiments inhibent leur action. Les resquilleurs sont principalement jeunes et probablement relativement pauvres ; ils pourraient être au chômage. Le fait qu’ils soient souvent équipés d’iphones et de chaussures Nike ou Adidas les plus récentes et les plus absurdement chères ne rentre pas en ligne de compte : ces biens pourraient avoir été volés plutôt qu’achetés. Mais les resquilleurs sont pour la plupart des défavorisés et certains d’entre eux au moins appartiennent à des minorités ethniques. Ils sont donc poussés à frauder par nécessité plutôt que par malignité, ou alors ils se vengent d’une société fondamentalement injuste et de plus en plus inégale, dans laquelle certains peuvent facilement se payer un ticket de métro et d’autres pas. Essayer de les empêcher de frauder serait donc ajouter l’injustice à l’injustice.

Ces pensées et ces sentiments sont une rationalisation de la complicité de fait avec les resquilleurs. Ils apaisent le désagréable sentiment de culpabilité et d’impuissance qu’éprouve le citoyen face à la petite délinquance dont il est chaque jour témoin et qui autrement le pousserait au désespoir. La publicité accordée depuis de nombreuses années aux théories sociologiques, criminologiques et psychologiques qui excusent le crime ont sapé la confiance des citoyens dans leur propre jugement moral et dans la légitimité de tout système concevable de justice pénale, et pas seulement de celui qui existe aujourd’hui. Il est difficile de réprimer la criminalité dans de telles conditions – la criminalité qui, nous devons toujours nous en rappeler, frappe les pauvres bien plus que les riches.

»

Avec tout mon dévouement,

Laurence Havel

Nous n’avons pas à choisir entre compassion et sécurité


Chère Madame, cher Monsieur,

« Des allées désertes, tout comme les jeux pour enfants. Des bancs souvent occupés par des hommes seuls, marginaux, des buissons envahis de bouteilles et canettes…Du sud du quartier de la Goutte-d’Or, en passant par la place de la Chapelle, la halle Pajol et jusqu’à la rue d’Aubervilliers, aux confins des XVIIIe et Xe arrondissements, les jardins et squares se sont vidés des promeneurs et des familles, chassés par l’insécurité, la toxicomanie, les dégradations, parfois. »

Voilà la situation que décrivait le journal Le Parisien, il y a quelques jours.

Mais ce ne sont pas seulement quelques arrondissements dans le nord-est de la capitale qui sont touchés par l’occupation sauvage et la dégradation des espaces publics.

Moi qui travaille à Paris depuis longtemps, j’ai pu constater, années après années, que la situation se dégradait progressivement partout, y compris dans les « beaux quartiers ».

J’ai vu se multiplier les « mendiants » et les « sans-abris », allongés sur les trottoirs, postés à l’entrée des magasins, à côté des distributeurs de billets, souvent alcoolisés, parfois agressifs. Déjà deux jeunes femmes qui travaillaient dans nos bureaux ont eu à subir des agressions de la part d’individus de ce genre. Alors même que nos locaux sont dans un des arrondissements censés être parmi les plus préservés de Paris !

J’ai vu la saleté augmenter, ainsi que les comportements incivils. Il n’y a pas longtemps, dans un quartier très « chic », une amie a même vu un homme déféquer tranquillement dans la cabine d’un Photomaton, puis repartir comme si de rien n’était.

Je vous promets que je n’exagère pas !

La réalité est que la ville de Paris paye aujourd’hui des années de complaisance vis-à-vis de l’occupation illégale des espaces publics, vis-à-vis des campements sauvages de « sans-abris » ou de « migrants », vis-à-vis de la drogue aussi.

Et elle est loin d’être la seule ville française dans cette situation. Beaucoup de nos métropoles connaissent les mêmes problèmes.

Malheureusement, bien souvent, les autorités hésitent à agir avec fermeté car elles ont peur d’être accusées de faire la chasse aux « pauvres ».

Évidemment, personne n’a envie d’avoir l’air de manquer de compassion vis-à-vis de gens qui vivent dans des conditions très précaires. Et nous devons aider les plus fragiles d’entre nous.

Mais nous devons faire ce qui est réellement le mieux pour ces personnes en difficulté, et pas ce qui nous fait plaisir ou qui nous donne bonne conscience.

Et nous devons aussi faire respecter le droit de tout un chacun à la sécurité et à la tranquillité. Les autres habitants n’ont pas à subir les incivilités, la saleté et l’insécurité pour permettre aux municipalités d’afficher leur « compassion ».

À l’Institut pour la Justice nous avons depuis longtemps réfléchi à ce problème. Nous avons étudié ce qui se fait à l’étranger, et quelles sont les solutions qui marchent.

Aux États-Unis, par exemple, certaines grandes villes, comme Seattle, ont vu le nombre de leur « sans-abris » exploser ces dernières années.

En cause, une politique municipale très « tolérante » vis-à-vis des campements sauvages et de la drogue, ainsi que des aides sociales très généreuses et la construction de « salles de shoot ».

Résultat, Seattle est devenu un véritable aimant pour les marginaux et les toxicomanes. Leur nombre s’est multiplié et l’insécurité s’est envolée.

Les atteintes aux biens ont atteint un taux deux fois et demi supérieur à celui de Los Angeles et quatre fois supérieur à celui de New-York, des villes pourtant beaucoup plus peuplées. Les équipes de nettoyage ramassent des dizaines de millier d’aiguilles usagées dans les rues et les parcs de la ville chaque année. Dans certains quartiers les commerces de proximité périclitent et les riverains n’en peuvent plus.

Aujourd’hui, une ville comme Seattle dépense plus d’un milliard de dollars par an pour ses « sans-abris », et pourtant le problème ne fait que s’aggraver.

Mais d’autres villes américaines, confrontées au même problème, ont su réagir avec plus d’intelligence et d’efficacité.

Elles ont compris que, dans cette situation, la fermeté n’est pas incompatible avec l’humanité, bien au contraire.

Comme l’écrivait un spécialiste américain de la question, dans le dernier numéro de notre revue : « La réalité, évidente pour n’importe qui ayant passé un peu de temps dans les villages de tentes ou dans les hébergements d’urgence, est que 80% des sans-abris souffrent d’addiction à l’alcool et aux stupéfiants et que 30% d’entre eux sont atteints d’affections psychiatriques graves, comme les troubles bipolaires et la schizophrénie. »

Il n’y a rien de compatissant dans le fait de laisser des toxicomanes, des malades mentaux et des pauvres mourir dans les rues. Et une telle politique de complaisance transforme la vie des riverains en enfer.

La première priorité doit être de nettoyer les espaces publics, de diriger les gens vers des foyers, où ils pourront effectivement être aidés, et de maintenir l’ordre public.

À Houston, les responsables locaux ont réduit le nombre de sans-abris présents dans les rues de 60%.

À San Diego, la police et les équipes municipales ont fait disparaître tous les campements sauvages de la ville, tandis que plus de 700 personnes étaient dirigées vers trois grands refuges nouvellement construits.

À Burien, une petite ville de 50 000 habitants proche de Seattle, le centre-ville revit après avoir été en proie pendant des années à des centaines de sans-abris et de toxicomanes qui vivaient dans ses rues.

Et je pourrais citer bien d’autres exemples, avec à chaque fois des résultats très positifs, pour tout le monde.

Les principes d’action sont simples.

D’une part les biens publics appartiennent au public – à nous tous – et ne peuvent pas être privatisés au profit d’un ou de plusieurs vagabonds, aussi pauvres ou malades soient-ils.

Par ailleurs beaucoup de sans-abris souffrent de graves problèmes, physiques et psychiques, et ne peuvent pas s’en sortir sans une aide prolongée.

Ceux qui ont besoin d’aide doivent donc recevoir cette aide au long cours dans des structures spécialisées.

Les municipalités doivent construire des refuges et les services sociaux doivent aller à la rencontre des sans-abris pour leur proposer d’y être aidé. Mais pour ceux qui occupent les espaces publics, le choix ne doit pas être entre aller dans un foyer ou rester dans la rue. Il doit être entre rejoindre une structure d’accueil et être délogé ou arrêté.

La police doit être sans faiblesse vis-à-vis des occupations sauvages, vis-à-vis des incivilités, vis-à-vis de la consommation de drogue ou d’alcool dans la rue, quel que soit le profil des consommateurs. Car c’est la meilleure manière de faire respecter les droits et les intérêts de tous.

Nous n’avons pas à choisir entre la compassion et la sécurité. La vraie compassion passe par le respect de l’ordre public.

Il serait temps qu’en France aussi nos dirigeants s’en rendent compte. Vous pouvez compter sur nous pour le leur faire savoir et pour les aiguillonner.

Avec tout mon dévouement,

Laurence Havel