« On baisse notre pantalon »

Chère Madame, cher Monsieur,

Dans la matinée du samedi 3 octobre, entre 5h30 et 6h00, une patrouille de police intervient sur le parking de l’Intermarché de Louviers.

Des riverains ont appelé le commissariat pour des nuisances sonores. Un groupe d’une vingtaine de personnes met de la musique à plein volume, hurle et jette les caddies de l’hypermarché au sol.

Mais à l’arrivée de la police, au lieu de se disperser, les individus encerclent les quatre fonctionnaires et se montrent menaçants. Parmi eux, les agents reconnaissent des jeunes qui ont déjà agressé violemment une autre patrouille, deux semaines plus tôt. Et qui sont là, libres comme l’air, à nouveau prêts à « casser du flic ».

La suite est racontée par un policier du commissariat de Val-de-Reuil dans le journal La Dépêche de Louviers :

« L’un des individus fumait un cigare au visage d’un des policiers en lui disant : « Qu’est-ce que tu vas faire ? Vous n’êtes que quatre. Là, tes grenades, si je veux je les prends et tu ne pourras rien faire. » Qu’est-ce qu’on peut en effet faire face à ça ? Les collègues ont été obligés de quitter les lieux. »

Les collègues ont été obligés de quitter les lieux… Tout est dit.

On imagine la rage impuissante des policiers ainsi humiliés, et le sentiment de toute-puissance et d’impunité des voyous.

On imagine aussi le désespoir des habitants du quartier, abandonnés à la loi des criminels.

Le délégué local du syndicat Unité SGP Police le reconnaît d’ailleurs sans fard : « Je n’hésite pas à dire aux gens qui nous sollicitent qu’on n’interviendra pas car on n’a pas les moyens d’intervenir. Ce n’est pas qu’on ne veut pas, bien sûr. Mais pour pouvoir correctement assurer la sécurité des habitants, il faut déjà qu’on puisse assurer notre propre sécurité. »

Et il ajoute : « Ces faits se multiplient. On arrive à des zones de non droit. C’est de plus en plus violent. (…) Avant on était entre sept et huit policiers chaque nuit, là on n’est plus que trois ou quatre. Et les jeunes le voient très bien, ils savent qu’on ne peut rien faire. On a clairement perdu du terrain. »

Bien sûr, la question des effectifs et des moyens matériels dont disposent les forces de l’ordre est cruciale. Mais si, comme le dit ce syndicaliste, la police a « perdu du terrain », ce n’est pas seulement à cause d’un manque de moyens.

C’est aussi à cause des ordres qu’elle reçoit.

Ne pas « provoquer », temporiser, ne pas interpeller immédiatement, ne pas poursuivre, ne pas aller au contact : voilà le genre de consignes que reçoivent les policiers et gendarmes qui opèrent dans ces centaines de « quartiers sensibles » qui rongent la France comme la gangrène.

Et ils savent très bien que, si jamais une intervention se passe mal, personne ne leur fera de cadeau. Ils seront immédiatement lâchés par leur hiérarchie et par le gouvernement, traînés dans la boue par les médias. Comme dans l’affaire Théo.

Aujourd’hui la peur est du côté des policiers et des gendarmes, plus du côté des délinquants.

Le journaliste Frédéric Ploquin raconte ainsi les humiliations quotidiennes que ceux-ci doivent subir. Les voyous qui leur disent tranquillement : « J’ai pas où crécher ce soir, ça m’arrangerait que tu m’embarques ! » Ou encore : « Je signe votre papier, de toute façon je sors demain matin. »

Un policier lui confie, totalement désabusé : « Ils ont compris le système, c’est nous qui sommes bêtes. On se sent impuissant. On s’adapte à la délinquance. On baisse notre pantalon. C’est pas pour ça que je me suis engagé. »

Ce sont tous ces reculs, jour après jour, qui nourrissent le sentiment d’impunité des délinquants et qui font que désormais ils n’hésitent plus à attaquer directement les forces de l’ordre. Pour les tuer.

Lorsqu’on refuse de se donner les moyens que force reste à la loi, inévitablement la force la plus brutale finit par supplanter la loi. Et de cela nos dirigeants sont entièrement responsables.

La devise de la police nationale est Pro Patria Vigilant (« Ils veillent pour la patrie »). Lorsque ceux qui doivent veiller sur la patrie sont démoralisés, abandonnés, livrés à la violence, c’est la patrie elle-même qui est en danger.

Il est trop facile pour nos dirigeants de s’indigner devant les caméras et de manifester bruyamment leur soutien aux forces de l’ordre lorsqu’elles ont été attaquées.

Car, si les voyous n’hésitent plus de nos jours à s’en prendre délibérément à des policiers, à essayer de les tuer juste parce que ce sont des policiers, c’est à cause de la démission des gouvernements successifs face à la criminalité.

Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’un énième plan d’urgence, ou d’interdire les mortiers d’artifice, comme le voudrait le ministre de l’Intérieur. Et pourquoi pas interdire les boules de pétanques, en ce cas, étant donné que certains s’en servent pour attaquer les forces de l’ordre ?

Non, ce dont nous avons besoin c’est que la police et la gendarmerie reçoivent enfin la consigne d’employer toute la force nécessaire pour que l’ordre soit rétabli partout sur le territoire. Et que la justice sanctionne sans faiblesse les délinquants.

L’impuissance n’est pas une fatalité, elle est un choix qu’ont fait nos dirigeants. Un choix que l’IPJ ne cessera jamais de dénoncer et de combattre. Pour vous et grâce à vous.

Avec tout mon dévouement,

Laurence Havel

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