Permettez-moi de vous dire merci…

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Chère Madame, cher Monsieur,
Chers amis de l’IPJ,

Ce mois de décembre est rude pour beaucoup d’entre nous mais j’aimerais quand même terminer l’année sur une note positive.

En 2019, vous avez été très nombreux à nous soutenir financièrement ou moralement. Un immense merci aux premiers pour votre générosité, qui nous permet de mener toutes nos actions et de poursuivre notre combat sans renoncer. Un très grand merci aux seconds, votre soutien sans faille est un moteur.

Tout au long de l’année, vous avez été très nombreux à m’appeler et à m’écrire pour me livrer vos témoignages, vos remarques, vos questions, vos encouragements mais aussi vos coups de sang…

Je lis tous les courriers qui arrivent à l’IPJ.

Je suis désolée si vous n’avez pas toujours reçu de retour de ma part, mais j’ai tout de même répondu à 16 147 messages !

Cette année, nous n’aurons pas vu la courbe de l’insécurité s’inverser, ni le fonctionnement de la Justice réformé comme nous l’espérons. Le chemin est encore long pour permettre aux victimes d’être considérées, pour que les criminels soient punis à la hauteur de leurs actes et pour protéger les innocents.

Malgré cela, je ne rougis pas de tout le travail que nous avons accompli cette année.
Et vous pouvez me croire, nous continuerons à nous démener tant que des vraies mesures efficaces et radicales n’auront pas été prises. Tant que des victimes pourront être évitées. Nous continuerons.

En cette veille de Noël, je veux m’adresser particulièrement à elles, pour leur adresser mes pensées les plus sincères.

Je vous remercie tous pour votre fidélité et vous souhaite de passer d’excellentes fêtes de Noël et de fin d’année avec tous ceux qui vous sont chers.

Nous nous retrouverons en début d’année pour continuer le combat !

Avec tout mon dévouement,
Laurence Havel

Ces jugements de « revenants » qui font froid dans le dos


Chère Madame, cher Monsieur,

Ce que nous avions prévu est malheureusement en train de se réaliser.

Dans une note que nous avions publiée au mois de juin de cette année, nous avions écrit :

« Les djihadistes rapatriés seront peut-être tous “ judiciarisés ”, selon l’assurance donnée par le ministre de l’Intérieur, mais cette judiciarisation ne garantit aucunement qu’ils seront condamnés, s’ils sont condamnés qu’ils le seront à de lourdes peines, et s’ils sont condamnés à de lourdes peines qu’ils resteront longtemps en prison. (…)

En fait, le risque est grand que nombre de ces “ revenants “ ne puissent être condamnés que “ par défaut “, pour des faits beaucoup moins graves que les crimes qu’ils ont réellement commis ou, pire encore, qu’ils ne puissent pas être condamnés du tout.

»

Et nous avions dit que c’était une folie de ne pas avoir adapté notre droit, tant qu’il était encore temps, pour pouvoir déchoir ces individus de leur nationalité française et ainsi ne pas avoir à les rapatrier.

Il semblerait que nos craintes deviennent réalité.

Dans un article publié la semaine dernière, le journal Le Figaro révélait en effet que « depuis deux mois, la cour d’assises spécialement composée – uniquement des magistrats – pour juger les crimes terroristes de combattants de la zone irako-syrienne, inflige des peines que bon nombre de magistrats et de spécialistes de la problématique terroriste estiment insuffisantes. »

Et le journal de citer un certain nombre de cas, qui font froid dans le dos.

Par exemple Chemsedine Dinar, combattant de l’État Islamique « ayant suivi un entraînement sportif et militaire plus poussé destiné aux meilleurs éléments », puis « ayant participé aux activités djihadistes de ce groupe », mais aussi « membre de la police islamique ».

Cet homme, à l’évidence extrêmement dangereux, a été condamné le 4 décembre à onze ans de réclusion criminelle sans période de sûreté, là où les réquisitions du parquet se portaient à dix-sept ans. Étant donné qu’il est en prison depuis 2015 il devrait sortir dans quelques années à peine.

Ou encore Lahcen Zligui, « combattant et poseur de bombes, arrêté à l’été 2015. Jugé le 29 novembre dernier, il est condamné à douze ans de réclusion criminelle, là où dix-huit ans avaient été requis avec une période de sûreté. »

Bien sûr le parquet peut faire appel de ces décisions, pour essayer d’obtenir des condamnations plus protectrices des Français, mais en appel le problème existe aussi.

Les cas de Mounir Diawara et Rodrigue Quenum ont récemment provoqué de l’émoi dans les milieux antiterroristes. En première instance ils avaient été condamnés à quinze ans de réclusion. Estimant la condamnation insuffisante le parquet avait fait appel, en demandant vingt ans de réclusion. Mais la cour d’appel a prononcé une peine plus légère encore : dix ans seulement.

Tous deux venus de quartiers populaires de Toulouse, Mounir Diawara et Rodrigue Quenum avaient rejoint les rangs de groupes djihadistes, d’abord le Jabhat al-Nosra puis l’organisation État islamique (EI).

Ils apparaissaient sur des photos en tenue de combat, kalachnikov en main et, pour l’un d’eux, photographié par l’autre, brandissant une tête coupée. Outre la participation à des actions militaires et à des exactions en Syrie, la justice leur reprochait d’avoir à leur retour en France fait du prosélytisme auprès d’autres d’individus pour les convaincre de partir combattre.

Des djihadistes extrêmement déterminés donc, selon toute apparence. Mais avec leur condamnation à seulement dix ans, et compte tenu de la détention provisoire qu’ils ont effectuée, ils pourraient tous deux être libérés dans peu de temps.

Mais ce qui est encore plus inquiétant que ces peines bien plus légères que celles requises par l’accusation, ce sont les motifs avancés par les cours pour justifier leur mansuétude.

En ce qui concerne Chemsedine Dinar, le combattant d’élite de l’État Islamique, la cour argue que « l’intéressé a donné de nombreuses informations » et qu’« il s’est présenté volontairement aux services de police ».

En ce qui concerne Lahcen Zligui, le poseur de bombes, elle met en avant sa « coopération pendant l’enquête et l’instruction » et « ses regrets qui apparaissent comme sincères ».

En ce qui concerne Mounir Diawara et Rodrigue Quenum, qui se photographiaient des têtes coupées à la main, la cour d’appel parle du « jeune âge » des condamnés, de « la période assez courte du séjour », de « l’absence d’antécédent judiciaire » ou encore « du rejet de l’EI exprimé à l’audience » et de leur « évolution positive ».

On croit rêver, ou plutôt cauchemarder.

Comment des magistrats peuvent-ils se baser sur ce genre de considérations pour prendre des décisions aussi graves pour la sécurité des Français ?

Comment, aujourd’hui, est-il possible de croire à la sincérité des repentirs exprimés par des djihadistes face à la justice ?

Ce n’est pas comme si nous n’avions pas déjà des exemples de ce qui peut se passer dans ce genre de cas.

Par exemple, Adel Kermiche, qui a assassiné le Père Hamel à Saint- Etienne-du-Rouvray en 2016 avait obtenu une mesure de contrôle judiciaire sous bracelet électronique malgré l’avis défavorable du parquet. Il avait, semble-t-il, réussi à convaincre des juges qu’il avait abandonné ses opinions extrémistes…

Le 29 novembre, à Londres, deux personnes ont été tuées et trois autres blessées à coup de couteau par un homme de 28 ans nommé Usman Khan. Cet homme avait déjà été condamné en 2012 à 16 ans de prison pour son appartenance à un groupe terroriste qui avait essayé de commettre des attentats à la bombe. Il avait bénéficié d’une libération conditionnelle en 2018.

Usman Khan a commis ses meurtres lors d’une conférence sur un programme de réinsertion des détenus, auquel il participait !

Comme l’a écrit Theodore Dalrymple, l’un de nos experts :

« Imaginons un instant le mépris que M. Khan a dû ressentir – à juste titre – à l’égard d’un système qui était prêt à croire toute fausse manifestation de regret pour ses actions ou n’importe quel mensonge paresseux à propos d’un changement de ses opinions. Deux jeunes gens, aveuglés par la prétention morale, se sont offerts au sacrifice. Cela a dû renforcer son sentiment que le monde occidental était complètement décadent et dépourvu de la volonté de résister à la violence islamiste. Secouez l’arbre, et les fruits tomberont ! »

N’apprendrons-nous donc jamais de nos erreurs ?

Quand donc la justice cessera-t-elle de croire qu’elle est capable de lire dans les cœurs des criminels ou des terroristes si leur repentir est sincère ou non ?

Le travail essentiel de la justice devrait être de punir les criminels à la hauteur de leurs crimes et de protéger les innocents, et à l’Institut pour la Justice nous ne cesserons jamais de nous battre pour que la justice remplisse correctement cette mission.

Ces décisions inquiétantes ne font que confirmer la justesse de nos analyses et la nécessité de notre combat.

Plus que jamais, vous pouvez compter sur nous pour faire entendre la voix du bon sens et pour défendre les victimes.

Avec tout mon dévouement,

Laurence Havel

Savez-vous vous ce qu’est le « protocole Cazeneuve »?

Chère Madame, cher Monsieur,

En ce moment, nous sommes tous préoccupés par la réforme des retraites et l’agitation qu’elle suscite. Tous les médias, à juste titre, en parlent, font des commentaires, des analyses et des débats…

Mais en attendant, on oublie les autres sujets graves pour les Français. Les grèves nous font oublier les djihadistes.

Alors qu’en réalité, la situation va se compliquer pour la France et je redoute le pire.

Avez-vous entendu parler du « protocole Cazeneuve » ?

Cet accord a été signé en 2014 par Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur à cette époque. Il s’agit de la mise en place d’une coopération policière entre la France et la Turquie qui permet d’intercepter les djihadistes revenant de Syrie via la Turquie.

En clair, lorsqu’un combattant de l’État Islamique « français » est expulsé de Turquie, la France doit être avertie pour que des policiers français se rendent sur place pour l’accompagner jusqu’à l’embarquement.

Une fois en France, il est placé en garde à vue ou en détention provisoire en fonction des procédures judiciaires en cours.

Grâce au protocole Cazeneuve, des dizaines de djihadistes sont rapatriés. C’est confirmé de la bouche même de Laurent Nunez, le 13 novembre, « on est à près de 250 personnes remises dans le cadre de ce protocole, prises en charge par la justice ».

Nous sommes loin du temps où Emmanuel Macron affirmait « qu’il n’y a pas un programme de retour des djihadistes ». C’était en février.

Le « protocole Cazeneuve » existait déjà et Emmanuel Macron le savait.

Le débat sur la déchéance de nationalité a tourné court. Si elle avait été mise en place, nous n’aurions aucun lien avec ces individus et donc aucune obligation de les accepter sur le sol français.

Mais aujourd’hui, nous récupérons ces « Français », nous les jugeons en France, ils écopent de peines de prison… et ressortent souvent avant la fin de leur peine.

Plusieurs dizaines de terroristes vont être remis en liberté à partir de 2020. Mais ne vous inquiétez pas, Nicole Belloubet assure « qu’ils seront suivis ».


4 épouses de djihadistes et leurs 7 enfants, qui se sont évadés de camps en Syrie et sont actuellement détenus en Turquie, vont ainsi revenir en France.

La jeune fille sur la photo est l’une d’entre elles. Partie en mars 2014 à 17 ans après sa conversion à l’islam, elle se serait mariée sur place avec un combattant tunisien. Elle a aujourd’hui 23 ans. Quelles suites judiciaires va t-elle recevoir ? comment réellement connaître ses intentions et son degré de dangerosité ?

À l’IPJ, nous le martelons depuis longtemps déjà : la situation sécuritaire de la France est extrêmement préoccupante et nos dirigeants ne paraissent toujours pas avoir pris conscience de l’ampleur de la menace. N’oubliez pas que notre ministre de l’Intérieur disait d’eux « ils sont des Français avant d’être djihadistes »…

Nous avons fait partie de ceux qui se sont mobilisés dès le début pour alerter l’opinion publique et pour interpeller le gouvernement et tous les dirigeants sur cette question.

Notre porte-parole, maître Guillaume Jeanson, est intervenu dans les médias à maintes reprises. À chaque fois qu’il a pris la parole, il a rappelé que le système judiciaire de notre pays est en piteux état, que les prisons sont déjà dépassées par la radicalisation, le prosélytisme islamiste et la surpopulation… Des arguments de bon sens me direz vous.

Il faut rester vigilants et mobilisés. Les manœuvres des islamistes et de leurs soutiens en France vont se poursuivre. Ils veulent profiter de la faiblesse de nos dirigeants.

Nous ne les lâcherons pas.

Nous continuerons sans relâche à harceler nos dirigeants, à alerter l’opinion publique et à proposer les solutions qui fonctionnent. Même celles qui peuvent choquer. Parce que la menace est trop sérieuse.

Je sais que certaines belles âmes viendront nous dire : « vous exagérez… », « n’est-ce pas excessif ? ».

Tant pis, pour protéger notre pays, nos enfants et nos petits enfants, nous ne devons pas faiblir.

Si vous souhaitez que l’IPJ puisse agir, puisse vous informer quotidiennement et surtout puisse changer le cours de notre justice pour nous battre à armes égales avec les terroristes islamistes, alors je vous demande de faire un don, même minime, à l’Institut pour la Justice.

Nous ne pouvons pas nous permettre de baisser les bras. Il en va de notre sécurité, de nos vies et de l’avenir de notre pays.

Faites un don à l’Institut pour la Justice en cliquant ici.

C’est absolument indispensable si nous voulons réveiller les consciences !

J’ai besoin de vous,

Laurence Havel

Un terrible aveu d’impuissance


Chère Madame, cher Monsieur,

Nous sommes le 8 octobre 2016, sur la RD 445, à l’endroit où elle longe le quartier de la Grande Borne. Il y a là un carrefour, qui est sans doute le carrefour le plus dangereux de France.

« Au bout de cette voie se trouve un feu tricolore, à la hauteur d’une boulangerie. Lorsqu’ils repèrent des voitures arrêtées au feu, et lorsque les conducteurs sont des femmes seules, les jeunes surgissent des immeubles, cassent les vitres et arrachent les sacs, puis ils repartent avec le butin aussi vite qu’ils sont apparus. Les attaques sont violentes et, pour les victimes, très traumatisantes. Les gens du coin savent qu’il vaut mieux ne pas s’arrêter là, quitte à griller le feu rouge. »

Et puis, chacun sait que la Grande Borne est une plaque tournante du trafic de drogue.

« Les affaires commencent à la nuit tombée. (…) Les bandes criminelles imposent aux habitants, qui n’osent plus s’en offusquer, un couvre-feu contraint. Tous les éclairages publics s’éteignent et les résidents sont priés de rester chez eux. C’est l’heure où il ne fait pas bon avoir un enfant malade, car aucun médecin ne s’aventurera dans le quartier. Des grappes de guetteurs tiennent les halls d’immeubles et les entrées des passages qui mènent à de petites cours en impasse. » (Michel Aubouin, 40 ans dans les cités)

Alors une caméra de vidéo surveillance a été installée en haut d’un mât métallique.

Mais la caméra est régulièrement attaquée : à la meuleuse, à coup d’engin de chantier…

Alors ce soir là, deux voitures de police sont stationnées au pied du mât. Il y a deux policiers dans chaque voiture. Pour surveiller une caméra censée surveiller un quartier dans lequel la loi des bandes a depuis longtemps remplacé les lois de la République.

Soudain une vingtaine d’individus, aux visages dissimulés, surgissent des immeubles alentour. Ils lancent immédiatement des cocktails molotov sur les voitures de police. Les véhicules s’embrasent aussitôt. Les policiers tentent désespérément d’échapper aux flammes, mais les criminels bloquent les portières.

Au bout de quelques minutes le groupe des assaillants retraverse la route en courant et rejoint le quartier.

Les policiers sont gravement brûlés et évidemment traumatisés. L’un d’entre eux, qui restera plusieurs jours entre la vie et la mort, en réchappe par miracle, brûlé à 25%.

Cette tentative d’assassinat sur quatre policiers choque la France entière, et révèle au grand jour à quel point l’État a perdu le contrôle sur ces quartiers que l’on dit pudiquement « sensibles ».

Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve, parle d’une « attaque barbare, destinée à tuer ».

Alors on va mettre le paquet pour retrouver les auteurs. Tous les moyens disponibles sont mobilisés.

Seulement voilà, bien que l’attaque se soit déroulée en plein jour et que la circulation soit assez dense sur cette route, personne n’a rien vu. Comme d’habitude à cet endroit-là. Et puis il s’avère que la caméra que gardait les policiers était, pour des raisons de financement, de qualité médiocre. Elle filmait en noir et blanc et aucune des images qu’elle a enregistrées n’a pu aider à identifier les assaillants.

Dans le quartier la loi du silence règne et des pressions dans la cité conduiront à des rétractations, voire à la fuite de France d’au moins un témoin. Lors du procès, même des témoins centraux n’ont pas répondu à leur convocation devant les assises, terrifiés à l’idée de possibles représailles.

Comme l’explique Michel Aubouin : « Notre système juridique est impuissant à protéger les témoins. Leurs noms circulent dans les procédures. Les avocats les donnent à leurs clients. La police n’a aucun moyen d’aider ceux qui l’aident. Elle ne peut leur fournir ni un autre logement ni un autre travail. »

Finalement 13 jeunes (dont 3 mineurs au moment des faits) sont mis en examen. Leur procès s’est déroulé du 15 octobre au 4 décembre, à huis clos, dans un palais de justice d’Évry placé sous haute surveillance, tant on craignait les violences à l’annonce du verdict.

Les accusés encouraient la réclusion criminelle à perpétuité pour tentative d’homicides aggravés.

Finalement la cour d’assises de l’Essonne a condamné 8 jeunes à des peines allant de 10 à 20 ans de réclusion criminelle, et en a acquitté 5 autres.

Bien évidemment les policiers sont très en colère à l’annonce de ce verdict. « On ne comprend pas cette décision en demi-teinte avec une forme de mansuétude et notamment des peines de seulement 10 ans », a réagi Loïc Travers, secrétaire national Ile-de-France d’Alliance.

« C’est un déni, une négation de l’humanité des policiers, de ceux qui chaque jour risquent leur vie pour éviter que notre société ne sombre, et ça c’est juste inacceptable », a renchéri Linda Kebbab, déléguée Unité SGP Police.

On peut comprendre la colère des policiers, seulement voilà, pour condamner quelqu’un, il faut des preuves et il semble bien que, dans cette affaire, les preuves manquaient et aussi qu’un certain nombre des auteurs de l’attaque n’a jamais été attrapé.

En fait ce qui est vraiment grave à l’issue de ce procès c’est précisément que, en dépit des efforts considérables qui ont été consentis, le résultat ait été aussi médiocre.

Les policiers ont fait leur maximum pour retrouver ceux qui ont tenté d’assassiner quatre des leurs, mais ils ont largement échoué. La loi du quartier a été plus forte que les lois de la République, une fois encore.

Ce 8 octobre 2016, sur la RD 445, la présence de deux voitures de police pour surveiller une caméra de surveillance était déjà un terrible aveu d’échec, un aveu d’impuissance.

Le procès qui vient de s’achever est un second aveu d’échec, un second aveu d’impuissance.

Le verdict qui a été rendu le 4 décembre par la cour d’assises de l’Essonne devrait tous nous inquiéter.

Avec tout mon dévouement,

Laurence Havel

La surveillante surveillée

Chère Madame, cher Monsieur,

Il me paraît bien loin le temps où en prison, les gardiens faisaient régner l’ordre. Les choses ont bien changé.

Et en effet, voilà ce que disent les surveillants dans le livre Prisons de France :

« Je suis surveillant depuis 1990. Depuis cette période, les détenus ont acquis beaucoup de droits. »

« Quand je suis arrivé, il n’y avait pas de télé. Il y en a eu par la suite, mais avant 2010 les détenus payaient sept euros par semaine. Maintenant, c’est huit euros par mois. »

« Plus ils gagnent en avantage, plus nous perdons en autorité et on nous demande en plus d’être vigilants pour ne pas blesser leur dignité ! Je suis obligé de vouvoyer et de qualifier de “ monsieur “ quelqu’un qui me tutoie et me traite de tous les noms. Voilà où nous en sommes. »

« On ne peut plus être strict avec les détenus, il faut négocier, s’entendre. »

« L’évolution de la prison est bonne pour les détenus mais mauvaise pour les surveillants. On fait face à des rapports de force au bénéfice du détenu. »

Si j’osais, je dirais même que parfois le rapport de force s’inverse complètement…

C’est en tout cas ce que l’on peut penser en découvrant cette histoire. Une surveillante de prison de 41 ans a été condamnée lundi à six mois de prison ferme pour « remise illicite d’objets à un détenu ». Cette femme mariée, mère de famille sans histoire, avec quinze ans d’ancienneté dans son travail, s’est t-elle laissée berner par un détenu manipulateur ?

Il ne s’agit pas de n’importe quel détenu. Il s’agit d’un algérien de 37 ans, condamné à deux ans de prison pour recel et qui avait déjà été condamné pour viol et violences.

À partir du mois de septembre, cet homme prend l’ascendant sur sa gardienne. Et en trois mois, c’est la dégringolade dans la vie de cette femme.

Elle arrête de se teindre les cheveux sur ses ordres, elle se convertit à l’islam, elle n’a plus le droit de faire la bise à ses collègues masculins, elle entame une procédure de divorce, introduit cinq téléphones portables et trois cartes sim en prison, remet même 4 000 euros à un proche du détenu…

Et elle porte jour et nuit une oreillette reliée au téléphone du détenu qui lui dicte sa conduite.

La surveillante est surveillée.

Samedi, elle a été placée en garde à vue et c’est seulement à ce moment là qu’on lui a retiré son oreillette ! Heureusement, ce genre d’histoire n’arrive pas tous les jours. Mais s’il n’y avait pas eu une fouille dans la cellule du détenu qui a permis de trouver le téléphone avec lequel il appelait la surveillante, jusqu’où cette histoire aurait-elle pu aller ? L’emprise de cet homme était totale. Les conséquences auraient pu être très graves…

Déjà que l’on s’inquiétait de l’évolution de la prison et des rapports de forces qui ne sont plus favorables aux surveillants, voilà qui n’est pas de nature à nous rassurer…

Avec tout mon dévouement,
Laurence Havel

Lorsque l’Etat loge des délinquants


Chère Madame, cher Monsieur,

Vous vous souvenez certainement de « l’affaire Théo ».

Le 2 février 2017, quatre policiers d’Aulnay-sous-Bois procèdent à un contrôle d’identité sur un groupe de jeunes gens. Rapidement le contrôle dégénère. Les individus contrôlés s’enfuient. L’un d’entre eux, Théo Luhaka, 22 ans, se bat avec un policier. Les quatre agents tentent de l’interpeller. Théo, un solide gaillard d’un mètre quatre-vingt-dix, se débat violemment. Il est finalement maîtrisé. C’est à son arrivée au commissariat que les policiers disent constater qu’il saigne au niveau des fesses. Théo est alors transporté à l’hôpital, où un médecin diagnostiquera « une plaie longitudinale du canal anal » et une « section du muscle sphinctérien ».

De son lit d’hôpital, le jeune homme accuse les policiers d’avoir baissé son pantalon et son caleçon et de lui avoir volontairement introduit une matraque télescopique dans l’anus au cours de l’interpellation !

Les policiers accusés nient mais ils sont mis en examen, placés sous contrôle judiciaire et suspendus de leurs fonctions par le ministre de l’Intérieur.

Depuis, un certain nombre d’éléments sont venus fragiliser les accusations initiales.

Deux expertises médicales ont conclu à l’absence de viol et que l’unique coup de matraque, porté au niveau des cuisses, n’était « pas contraire aux règles de l’art ». Les images de vidéosurveillance, qui ont été rendues publiques, vont dans le sens du récit fait par les policiers. Et, devant le juge d’instruction, Théo a reconnu qu’en fait les policiers n’avaient pas baissé son pantalon, contrairement à ce qu’il avait prétendu.

La justice n’a pas encore rendu son verdict définitif, mais aujourd’hui il semble clair que « l’affaire » est assez différente de la première version donnée par Théo.

Par ailleurs, on a appris que l’association « Aulnay Events », présidée par un des frères de Théo, aurait détourné 678 000 euros de subventions publiques tout en laissant 350 000 euros de cotisations sociales impayées.

Huit membres de la famille Luhaka ont reçu de l’association 170 000 euros, dont 52 000 virés sur le seul compte de Théo. En juillet 2018, Théo Luhaka a été mis en examen pour « escroquerie en bande organisée, blanchiment, faux et usage de faux et travail dissimulé au préjudice d’un organisme chargé d’une mission de service public. »

Ce n’est pas tout. Jeudi dernier, l’hebdomadaire Valeurs Actuelles révélait que Théo, qui vit seul dans un appartement de 76 mètres carrés à Aulnay, était menacé d’expulsion pour plus de 10 000 euros de loyer impayés.

Seulement voilà, Théo Luhaka a été « sauvé » par la trêve hivernale. Depuis le 1er novembre, c’est la préfecture de la Seine-Saint-Denis qui prend en charge son loyer.

Oui, vous avez bien lu.

Théo est désormais logé en HLM aux frais du contribuable, alors même qu’il est mis en examen pour avoir détourné de l’argent public.

Malheureusement, le cas de Théo est loin d’être isolé.

Dans les quartiers dits « sensibles », les situations choquantes comme celle-là abondent. Car ces quartiers sont presque entièrement gérés par la puissance publique, qui y tolère des abus innombrables.

Comme l’explique l’ancien préfet Michel Aubouin dans son livre 40 ans dans les cités :

« L’initiative privée dans les “ quartiers ” se réduit à peu de chose. Même les rares commerçants qui y subsistent : boulangerie, bar à chicha, boucherie halal… sont des locataires d’un bailleur public. Quant au peuplement il résulte lui aussi d’une politique publique : les attributions de logements sont aux mains de commissions présidées par les maires, ou bien elles relèvent de la responsabilité de l’État, via le “ contingent préfectoral “. Et la demande est, elle-même, fortement corrélée avec les flux de l’immigration. »

Et il ajoute :

« Cette prééminence de l’État et de ses satellites rend plus invraisemblables encore certaines situations, car ce sont dans les mêmes quartiers qu’au vu et au su de tous la drogue se vend et s’achète. “ Elle est stockée dans des logements vides ”, me dit un commissaire de police, en ajoutant qu’il lui est difficile de sévir. Si les propriétaires de ces appartements étaient des personnes privées, on pourrait les mettre en cause pour les désordres causés par leurs locataires, mais on n’a jamais vu un bailleur social poursuivi pour des faits de ce type. Ces propriétaires publics abritent les plus gros marchés de vente de drogue, et pour certains ne l’ignorent pas. Certains gestionnaires avouent même y trouver un intérêt, car les dealers payent régulièrement leur loyer. »

L’État loge des dealers, en sachant parfaitement qu’ils sont des dealers.

Et si jamais, par hasard, certains se retrouvaient dans la même situation que Théo, à devoir être expulsés, il est plus que probable que l’État ferait comme pour Théo : il paierait lui-même leurs loyers ou bien il les relogerait, au nom du « droit au logement ».

Savez-vous ce qui a été le plus choquant dans l’affaire Théo ? La réaction de certains hommes politiques.

Juste quatre jours après le début de l’affaire, alors que l’enquête avait à peine commencé, le président de la République François Hollande s’est rendu au chevet de Théo, pour lui témoigner son soutien et se faire photographier avec lui.

Cette photographie a été vue par la France entière.

Le ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, a suspendu les policiers mis en cause « immédiatement et à titre conservatoire ».

Le 8 février, Emmanuel Macron, futur président de la République a déclaré : « Comment ne pas être choqué par ce qui est arrivé à Théo ? Parce qu’à Aulnay, c’est la force illégitime de l’État qui a eu cours et la dignité d’un jeune garçon, d’une famille et d’un quartier, qui a été mise en cause. Je tiens à rendre hommage à Théo et à son entourage. Alors que tout semble les pousser vers la haine et la révolte, ils font preuve d’un formidable sang-froid. »

Quelques jours plus tard, des émeutes éclataient un peu partout en France. Les émeutiers réclamaient « justice pour Théo » en incendiant des véhicules et en affrontant brutalement les policiers. Le 11 février à Bobigny, le 15 et le 18 février à Paris, le 11 et le 17 février à Rouen…

Dans les « quartiers sensibles », l’État et les hommes politiques jouent trop souvent le rôle du pompier pyromane.

Ils affirment qu’ils vont lancer une « reconquête républicaine » de ces zones de non droit, mais ils lâchent les policiers au moindre problème.

Ils disent vouloir lutter contre la drogue, mais ils logent des dealers en HLM.

Ils disent qu’ils seront impitoyables avec ceux qui fraudent le fisc, mais ils achètent la « paix sociale » dans les quartiers à coups de subventions à des associations douteuses.

Et ceux qui paient la note de cette lâcheté et de cette hypocrisie, ce sont les habitants honnêtes de ces quartiers, ce sont tous les Français respectueux des lois.

Comment ne pas donner raison à Michel Aubouin lorsqu’il écrit :

« Il faut accepter le jugement de l’histoire : l’État a été défaillant pour traiter la question des “ quartiers “. Et il le demeure. Il n’a pas su résoudre la question du logement social ; il n’a pas su endiguer l’expansion du trafic de drogue ; il n’a pas su répondre aux défis de l’échec scolaire ; il n’a pas su retisser les liens distendus entre les autorités publiques et la population ; il n’a rien fait pour canaliser les mouvements de l’immigration ; il n’a pas voulu modifier le jeu des politiques locales ; il a en partie perdu la guerre des territoires ; il a refusé de traiter de la question des cultures et n’a pas vu l’implantation massive des religions dans les nouveaux espaces urbains. Surtout, il n’a jamais voulu adapter ses organisations aux enjeux d’une situation inédite et, à plus d’un titre, menaçante. »

Plus que jamais, il est nécessaire de se battre pour que cela change. Et vous pouvez compter sur notre détermination de tous les instants. À l’Institut pour la Justice, jamais nous n’accepterons une telle situation.

Avec tout mon dévouement,

Laurence Havel