« Quand on n’est pas puni, on recommence »

Madame, Monsieur,

Cela se passait le 17 novembre dernier, dans un bus, à Valence. Trois adolescents, âgés de treize, quatorze et seize ans, décident de s’en prendre à un passager, un adolescent comme eux, âgé de quinze ans.

Celui qui a treize ans sort un couteau de son sac et vient menacer et intimider le jeune voyageur en montrant la lame. Puis il passe son arme à ses deux amis qui à leur tour menacent le garçon. Ils se mettent ensuite à le gifler et le frapper à coups de pied.

La raison de ce déchaînement de violence ? Un « mauvais regard ». La victime l’aurait « mal regardé », voilà ce qu’a déclaré celui qui a déclenché l’agression.

À seulement treize ans, ce dernier est déjà « bien connu de la justice », selon l’expression consacrée.

Il a déjà été présenté deux fois en quatre mois à un juge des enfants pour des affaires de violence. Au printemps dernier, il faisait partie de la bande qui agressait des élèves, à Valence, à coup de tessons de bouteilles pour voler des portables. Et le mois dernier, avec son complice de quatorze ans, il a agressé deux personnes handicapées au Plateau des Couleures, toujours à Valence. Cette fois les victimes avaient eu le tort de ne pas dire bonjour aux deux adolescents…

France Bleu Drôme qui rapporte ces faits, ajoute que « leur comportement inquiète les professionnels de la justice »…

Il y a de quoi, en effet, être inquiet, c’est le moins que l’on puisse dire !

En vérité, c’est nous tous qui avons de quoi être très inquiets. Car de tels actes de violence sont loin d’être des cas isolés.

Le 18 novembre, cinq adolescents âgés entre 15 et 16 ans ont été arrêtés près d’Avignon.

La veille de leur interpellation ils avaient attaqué un retraité à son domicile. Pendant toute la nuit, ils lui avaient fait subir les pires sévices dans le but de lui soutirer de l’argent. La victime a été frappée, brûlée et violée. Elle est aujourd’hui hospitalisée dans le service des grands brûlés à La Timone, à Marseille.

Bien que certains idéologues nous affirment que les mineurs ne sont pas plus délinquants ni plus violents aujourd’hui qu’il y a quelques décennies, les professionnels, ceux qui travaillent sur le terrain avec ces mineurs, savent bien ce qu’il en est.

Par exemple le professeur Maurice Berger, qui est pédopsychiatre et qui travaille en Centre Éducatif Renforcé, faisait ce constat très préoccupant récemment dans les colonnes du journal Le Figaro :

« Il y a quelques années, 85 % des mineurs traduits devant la justice changeaient de comportement après leur rencontre avec l’institution judiciaire, la parole du juge. Ils ne sont plus que 65% actuellement. »

Et il ajoutait : « En tant que médecin qui, depuis 40 ans, a le plus travaillé en France sur la prise en charge des enfants et adolescents violents, j’affirme que ces comportements extrêmes sont de plus en plus fréquents et de plus en plus graves. »

Le constat est implacable. « L’impulsivité prime », explique le professeur Berger, « l’autre n’est plus considéré que comme un objet sur lequel décharger la tension qu’on ressent dans l’immédiateté, comme une gêne à éliminer. »

Et sur les raisons de cette montée de l’impulsivité et de la violence gratuite, Maurice Berger est tout aussi direct : « Un facteur parmi d’autres est l’impunité importante concernant la première atteinte aux personnes, que j’appelle le droit de tabassage. En réadaptation fonctionnelle, où je travaille aussi, je reçois des adultes qui gardent à vie des séquelles physiques ou cérébrales définitives après une agression pour un supposé mauvais regard, et dont l’agresseur mineur n’est puni que d’un sursis car il n’était pas récidiviste. La vie ou la qualité de la vie restante de la victime est ainsi démonétisée. Or c’est simple, quand on n’est pas puni, on recommence. »

En effet, c’est très simple. Et voilà bien des années que nous faisons le même constat, que nous tirons la même sonnette d’alarme à l’Institut pour la Justice. La justice des mineurs, en France, est malade de sa lenteur, et malade de son idéologie qui oppose l’éducation et la punition.

Trop souvent la justice des mineurs n’inflige aux jeunes délinquants que des sanctions symboliques, des sanctions qui n’en sont pas, comme le rappel à la loi ou la remise aux parents. Elle multiplie les « sursis » et les « secondes chances » et développe ainsi un véritable sentiment d’impunité chez les adolescents délinquants. Avec pour conséquence des passages à l’acte de plus en plus graves.

Nous devons absolument sortir de cette « idéologie de la fée clochette », selon laquelle, en étant gentil et compréhensif et en « donnant du temps au temps », on transforme magiquement les jeunes délinquants violents en de paisibles citoyens.

Comme le sait n’importe quel parent responsable, la punition est une partie intégrante de l’éducation.

Le professeur Berger explique parfaitement les ravages causés par ce refus de la sanction :

« La progressivité de la sanction prive certains de ce miroir nécessaire qui leur indique ce qui est permis ou défendu, sans même parler de ce qui est bien ou mal. Et certains jeunes ne profitent du travail éducatif qu’après un passage dans un lieu de privation de liberté, privation de la liberté de frapper. La question n’est pas la prison en soi, mais la qualité de contenance et de pensée qui peut y être proposée. La multiplication des sursis, cette justice de la dernière chance, peut alors être pour ces sujets précisément une perte de chance. Ceci est loin d’être compris par beaucoup de responsables politiques. »

C’est en effet loin d’être compris par beaucoup de nos responsables politiques. Y compris, apparemment, par notre actuelle ministre de la justice, Nicole Belloubet.

Comme vous le savez, celle-ci effectue actuellement une réforme de la justice des mineurs par ordonnance, c’est-à-dire sans passer par le parlement. Et l’une de mesures phare de cette réforme sera d’inscrire dans la loi que les mineurs de moins de treize ans seront « présumés ne pas être capables de discernement », et donc ne seront pas considérés comme pénalement responsables de leurs actes.

Autant dire que Madame Belloubet s’engage dans la direction exactement opposée à celle qu’il faudrait prendre.

À l’IPJ nous sommes déterminés à lutter pied à pied, à ne rien laisser passer dans cette bataille cruciale.

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Avec tous mes remerciements et tout mon dévouement,

Laurence Havel

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