La double peine des habitants des « quartiers sensibles »

Chère Madame, cher Monsieur,

« Le premier est arrivé, il m’a attrapée au niveau du thorax et de la taille et les deux autres m’ont attrapée les deux bras et m’ont arraché les bijoux et le sac à main et le matériel médical. C’est la police qui est venue me chercher parce que j’étais vraiment en état de choc, je n’arrivais même pas à conduire. »

La femme qui raconte ainsi son agression s’appelle Pauline Foti. Elle a 37 ans et travaille à SOS-médecin. Jeudi 7 novembre Pauline était en intervention dans le quartier des Moulins, à Nice, un quartier réputé « sensible ». C’est là que trois jeunes hommes s’en sont violemment pris à elle, pour la voler. D’une certaine manière, Pauline Foti a eu de la chance : elle s’en sort avec « seulement » plusieurs côtes fêlées, une entorse au genou et des ecchymoses sur le corps et le visage.

Et puis, bien sûr, la peur au ventre qui sans doute ne la quittera plus avant longtemps. Elle explique d’ailleurs qu’elle ne retournera plus travailler dans ces quartiers sans être protégée : « Il faut pouvoir être accompagnée d’au moins un policier armé, peut-être même un chien. Mais moi là, retourner seule avec un bouton d’alerte, ce ne sera pas suffisant. »

À la suite de l’agression de Pauline, qui n’est hélas pas un cas isolé, ses collègues de SOS-médecins ont pris la décision de ne plus intervenir dans le quartier des Moulins tant que les pouvoirs publics ne leur assureront pas une protection suffisante.

Pour les habitants des Moulins c’est bien sûr la double peine. Ils doivent subir au quotidien la loi des voyous et des bandes, et désormais ils ne peuvent même plus faire venir le médecin s’ils en ont besoin.

Une mère de famille explique : « J’ai trois enfants, imaginons qu’il leur arrive un truc grave, je fais comment si je ne peux pas les transporter et s’ils ne viennent pas ? Mais je comprends quand même qu’ils n’aient plus envie de venir. »

Cette double peine, des centaines de milliers de Français la subissent tous les jours.

Dans le quartier nord de Bondy, en Seine-Saint-Denis, les colis ne sont plus livrés par la Poste. Pour une raison très simple : les agressions répétées dont sont victimes les livreurs.

La Poste explique : « Suite à des faits récurrents de vols, d’agressions et de dégradations matérielles subies par nos agents, la distribution des Colissimo a dû être temporairement suspendue dans quelques rues du quartier Nord de Bondy. »

Et ce ne sont que deux cas récents, rapportés par la presse. La liste pourrait s’allonger pendant très longtemps.

Des médecins qui ne peuvent plus venir voir leurs patients sans être accompagnés par la police. Des pompiers qui ne peuvent plus intervenir sans être agressés, et qui doivent eux aussi se faire accompagner par la police. Des facteurs qui n’osent plus livrer le courrier… Voilà la réalité de la vie dans ces « quartiers sensibles » qui se comptent aujourd’hui par centaines. Ces quartiers dans lesquels les pouvoirs publics ont déversé des dizaines de milliards d’euros en « politique de la ville » mais où ils sont incapables de garantir aux habitants l’accès aux services les plus ordinaires et les plus indispensables.

Comme l’explique l’ancien préfet Michel Aubouin, les « quartiers sensibles » ce sont : « Une majorité de gens honnêtes, qui tirent le diable par la queue, et une minorité d’individus indélicats, qui rendent la vie infernale aux premiers. Entre les deux, un État qui ne choisit pas, qui n’intervient plus, qui laisse la majorité se débrouiller avec les voyous, qui ne peut empêcher qu’on brûle les voitures de ceux qui travaillent et ne protège pas leurs enfants. Au nom de la préservation de la paix publique, on fait porter la charge de l’insécurité sur ceux qui ont moins que les autres la possibilité de l’assumer. »

On dit parfois que ces quartiers sont des « ghettos ». Mais s’ils sont des ghettos ce n’est pas parce que leurs habitants auraient interdiction d’en sortir, c’est parce que les voyous qui y ont élu domicile contrôlent le territoire et filtrent soigneusement les entrées !

Les ghettos, ce sont ces endroits, de plus en plus nombreux, où les pouvoirs publics ne remplissent plus leur devoir élémentaire, qui est d’assurer la sécurité de tout un chacun.

Ces quartiers abandonnés à la délinquance et aux trafics ne sont pas seulement le symbole de la lâcheté de nos gouvernements successifs. Ils sont aussi les territoires sur lesquels se jouera l’avenir de la France. Car la criminalité qui n’est pas énergiquement combattue se répand peu à peu et finit par gangrener un pays tout entier. Voyez par exemple ce qui arrive au Mexique. Là-bas, les narco-trafiquants ont corrompu presque toutes les institutions. Les homicides se comptent chaque année en dizaine de milliers. Sans compter les enlèvements, les disparitions, le racket, les vols…

En France nous n’en sommes pas encore là. Mais il n’est que temps d’agir. À l’Institut pour la Justice nous en sommes pleinement conscients. Et c’est bien pourquoi nous ne cesserons jamais d’alerter l’opinion publique et de nous battre pour que le droit à vivre en sécurité soit une réalité pour tous.

Vous pouvez compter sur nous. La résignation ne fait pas partie de notre vocabulaire.

Avec tout mon dévouement,

Laurence Havel

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