« Plan banlieues » ou tonneau des Danaïdes?

Chère Madame, cher Monsieur,

Vous connaissez sûrement l’expression « remplir le tonneau des danaïdes ». Dans la mythologie grecque, les Danaïdes sont les cinquante filles du roi Danaos qui, en châtiment de leurs crimes, ont été condamnées, aux Enfers, à remplir sans fin un tonneau troué.

C’est une légende bien sûr.

Mais parfois on peut se demander si ce n’est pas une bonne description de la réalité.

Par exemple en ce qui concerne « la banlieue » ou, comme on dit parfois, « les cités sensibles ».

Depuis quarante ans, il y a eu plus d’une dizaine de « plans banlieue ». Le coût total de cette politique de la ville est très difficile à chiffrer, mais il se monte certainement à des dizaines de milliards d’euros. Certains estiment même qu’on serait plus proche des cent cinquante milliards.

À quoi ont servi tous ces milliards qui ont été demandés au contribuable ?

Pas à réduire l’insécurité. Il y a aujourd’hui plus de 750 « zones urbaines sensibles » dans toute la France, et dans certaines d’entre elles les conflits entre malfrats se règlent désormais en pleine rue et à coups de fusils d’assaut.

Pas à favoriser la « mixité sociale » puisque les citoyens ordinaires désertent les « banlieues » dès qu’ils le peuvent pour échapper à la loi des bandes.

Pas à améliorer l’emploi dans des zones où le taux de chômage est le double de celui de la moyenne nationale.

Pas à réduire la pauvreté : la proportion de personnes vivants sous le seuil de pauvreté dans les « zones sensibles » est trois fois supérieure à ce qu’il est ailleurs.

Emmanuel Macron a d’ailleurs déclaré l’année dernière, en Conseil des Ministres : « La politique de la ville est un échec. Depuis 20 ans, on a donné des milliards sans jamais régler les problèmes », comme l’a rapporté le Canard Enchainé.

Et pourtant… le Premier ministre vient d’annoncer un « plan d’action pour la Seine-Saint-Denis », accompagné, selon ses termes, « d’un investissement massif de l’État ces dix prochaines années ».

Il faut dire que la situation de ce département est plus que préoccupante.

Taux de pauvreté : 28 % (le double de la France métropolitaine). Taux de chômage : 12,7 % (trois points au-dessus de la moyenne nationale et quatre points au-dessus de la moyenne d’Île-de-France).

La délinquance mine le quotidien, avec presque 7 % de hausse des crimes et délits en trois ans, des trafics de drogue sans cesse plus tentaculaires, sans même parler des incivilités innombrables.

Pourtant, enseignants, médecins, policiers, magistrats y sont en sous-nombre et tout le monde sait bien que le 93 est devenu une « école de formation » pour les agents moins expérimentés : le « turnover » y est considérable… tout comme le taux d’arrêt maladie chez les fonctionnaires, usés par les conditions de travail qu’ils y trouvent.

Parmi les mesures annoncées par le Premier ministre, certaines tentent de remédier à cette situation déplorable. Avec par exemple la mise en place d’une prime de fidélisation de 10 000 € pour les agents des services publics de l’État en Seine-Saint-Denis, l’affectation de 100 officiers de police judiciaire supplémentaires sur deux ans, la rénovation des commissariats, de la vidéo surveillance…

Tout cela est bel et bon, mais comment peut-on espérer remplir un tonneau qui continue à fuir de partout ?

L’État prétend régler les problèmes de la Seine-Saint-Denis mais il n’est même pas capable de savoir combien il y a d’habitants dans ce département !

Un rapport parlementaire l’avait révélé l’année dernière, dans le 93 les « personnes en situation irrégulière seraient entre 150 000, 250 000 voire 400 000 », ce qui équivaut à la population d’un département comme l’Ariège (152 000 habitants), le Jura (259 000 habitants), voire les Landes (411 000) ». Soit, entre 8 % et 20 % de la population.

Pour la seule immigration régulière, le rapport rappelle que, « parmi les 36 communes de France métropolitaine comptant plus de 10 000 habitants et dont plus de 30 % de la population est d’origine étrangère, 15 sont situées en Seine-Saint-Denis. »

En réalité, « Le département est un sas d’entrée de la France par l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle qui accueille chaque année 65 millions de passagers. »

Comment régler les problèmes d’école, de pauvreté, de logement social, si pendant que la République déverse des milliards, le département se remplit sans cesse de nouveaux pauvres venus de l’autre bout du monde ?

L’ancien préfet Michel Aubouin l’expliquait très clairement dans son livre 40 ans dans les cités paru il y a quelques mois :

« Dans ce mouvement sans fin, tant que de nouveaux venus remplacent ceux qui étaient arrivés la veille, l’inéluctable mécanique de la dégradation ne peut s’arrêter. Des jeunes, originaires d’Afrique subsaharienne, ont supplanté de jeunes Maghrébins de jadis dans le trafic de drogue et l’attaque à la portière. Demain ce seront peut-être des jeunes de la Corne de l’Afrique ou des plateaux arides de l’Afghanistan. Personne ne saurait le dire, car les flux de l’immigration ne faiblissent jamais et leur origine fluctue au hasard des époques. C’est d’ailleurs la principale faiblesse de tous les rapports rendus sur la situation des “ quartiers “ : ils traitent d’un objet figé dans le temps, alors qu’il est un flux ininterrompu.

Considéré sous cet angle, le constat est sans appel. Jamais la France n’aura assez de logements sociaux à offrir à tous ceux qui viennent s’y installer. Les chiffres sont éloquents : il est arrivé, l’an dernier, près de 200 000 célibataires, sans doute désireux de fonder une famille, quand le parc du logement social avait, dans le même temps et au prix d’un effort colossal, à peine augmenté de la moitié.

»

Quant à l’insécurité, à quoi sert d’augmenter le nombre de policiers et de reconstruire des commissariats si la chaîne pénale est toujours aussi engorgée ? À quoi sert que les policiers arrêtent les délinquants si ceux-ci ne peuvent pas être envoyés en prison faute de place ou bien sont relâchés bien avant la fin de la peine prononcée ?

Le premier ministre essaye de nous faire croire qu’il va réussir à remplir le tonneau des Danaïdes, mais bien sûr il n’y réussira pas et c’est à vous, c’est à moi et à tous les Français que l’on va demander de déverser encore de l’argent, toujours plus d’argent dans un tonneau que le gouvernement se refuse obstinément à boucher…

Il est temps de dire stop à cette gabegie. Il est temps de dire à nos dirigeants qu’ils se trompent de diagnostic et que leurs « solutions » n’en sont pas. Les solutions en matière d’insécurité, nous les avons étudiées et nous les connaissons. Nous travaillons sans relâche à les faire connaître et à combattre les tenants de la culture de l’excuse et du fatalisme qui, malheureusement, sont très présents dans les ministères.

Nous sommes aujourd’hui les seuls à le faire. Mais nous avons besoin de vous pour pouvoir continuer à agir, pour pouvoir continuer à nous battre pour améliorer réellement la sécurité quotidienne des Français.

Nous ne recevons absolument aucune subvention, ce qui est le gage de notre totale indépendance, et nous dépendons uniquement de vos dons généreux pour exister.

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Avec tous mes remerciements et tout mon dévouement,

Laurence Havel

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