Leur seule armure, c’est une blouse


Chère Madame, cher Monsieur,

La colère gronde dans les hôpitaux parisiens.

Plusieurs syndicats ont appelé le personnel des 25 services d’urgences des hôpitaux de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) à se mettre en grève. « Illimitée », cette grève a commencé le 14 avril et touche aujourd’hui la plupart des hôpitaux parisiens.

Les causes de cette colère des urgentistes ?

Les conditions de travail bien sûr, qui ne cessent de se dégrader, avec des services d’urgence plus saturés que jamais. Mais aussi une insécurité grandissante. C’est d’ailleurs une série de plus de cinq agressions depuis le début de l’année qui adéclenché la mobilisation, en mars, du personnel de l’hôpital Saint-Antoine.

Mais cette insécurité n’est nullement cantonnée à Paris et à la région parisienne.

Voyez par exemple ce qui s’est passé le 16 mars dernier aux urgences de l’hôpital La Timone, à Marseille.

Mehdi Allali, un homme de 34 ans, se présente aux urgences en fin de matinée. Il a une plaie au visage à la suite d’une rixe. Il est normalement pris en charge, mais comme il estime qu’il n’est pas soigné assez vite, il porte un très violent coup de poing au visage d’une aide-soignante.

Double fracture au visage, hématomes divers. La victime était toujours en arrêt de travail un mois après les faits.

Comme si cela ne suffisait pas, l’homme menace une autre aide-soignante et une infirmière. À l’une il lance : « Si tu veux pas me soigner, tu vas voir ! » et à l’autre : « Si tu te baisses pour l’aider, je te fracasse ! ». Et lorsque les policiers viennent l’arrêter il fanfaronne : « Je suis content d’avoir frappé une Française » (Journal La Provence, 13/04/19)

Jugé un mois plus tard, il minimise les faits devant le tribunal. C’était tout juste une « claque appuyée », dit-il. Devant les enquêteurs il avait même prétendu avoir été victime d’un complot à caractère raciste, parce qu’on mettait trop de temps à le soigner !

Rappelons que les urgences de La Timone accueillent presque 600 personnes par jour…

Les urgentistes, partout en France, sont frappés de plein fouet par l’ensauvagement général de notre société, eux dont la mission est pourtant de soigner. Eux dont la seule armure est une blouse, comme l’a très bien dit l’avocate de l’hôpital, lors du procès.

Mais ils ne sont pas les seuls.

L’ordre des médecins a révélé il y a trois semaines que la violence contre les médecins libéraux avait encore progressé en 2018, avec pas moins de 1 126 agressions recensées, soit une hausse de 9% par rapport à 2017, qui était pourtant déjà une annéerecord.

Les médecins se font insulter ou agresser parce qu’ils refusent de signer un arrêt de travail, de prescrire certains médicaments, ou parce que certains patients irascibles estiment que le temps d’attente est trop élevé…

Mais les médecins sont aussi victimes d’attaques crapuleuses, pour leur voler des ordonnances, des médicaments, etc.

Comme l’explique le Dr Boissin, qui est coordonnateur de l’observatoire de la sécurité pour l’ordre des médecins : « Tout le monde se plaint des déserts médicaux, mais pour les endiguer, la première chose serait d’assurer la sécurité des médecins ».

Pour essayer de freiner cette montée de la violence contre ses confrères, il préconise la mise en service d’une application qui permettrait à un médecin qui se sentirait en danger de lancer discrètement une alerte à partir de son téléphone portable et d’enregistrer l’image et le son.

Cette application existe, elle a fait ses preuves à l’étranger. Mais il faut le feu vert du gouvernement pour la mettre en oeuvre. « Or, depuis l’arrivée de Macron, nous n’avons plus aucun contact avec le ministère de l’Intérieur. Silence radio », affirme le docteur Boissin.

Cette absence de réponse est désolante, mais pas vraiment surprenante.

Nous le savons, la sécurité et la justice n’ont jamais fait partie des priorités de ce gouvernement.

Comment s’étonner dans ces conditions que les chiffres de la délinquance explosent ? Le nombre de « violences gratuites » ne cesse de croître en France. Il frise désormais le record de 1 000 actes quotidiens.

Peu à peu les digues sautent. Ce ne sont plus seulement les forces de l’ordre qui sont agressées régulièrement, mais aussi ceux dont la profession est d’aider et de soigner, comme les pompiers, ou les personnels médicaux.

Face à cela, la réponse ne peut pas être seulement de mettre des vigiles dans les services d’urgence ou de doter les médecins libéraux d’une application leur permettant de donner l’alerte, même si cela peut bien sûr être utile.

À l’hôpital La Timone, par exemple, des policiers étaient présents au service des urgences lorsque s’est produite l’agression du 16 mars. Ils ont donc pu interpeller rapidement l’agresseur, mais leur présence ne l’a pas dissuadé de passer à l’acte.

Je pense que vous vous doutez pourquoi.

Mehdi Allali, l’homme qui a fracassé le visage de l’aide-soignante à La Timone, avait déjà 22 condamnations à son casier judiciaire !

Pour cette agression gratuite et d’une grande brutalité, il a été condamné à 4 ans de prison ferme. Ce qui pour la justice française est déjà une condamnation lourde. Souvenez-vous, par exemple, qu’en août dernier un homme qui avait poignardé quatre personnes à Périgueux a été condamné à seulement quatre ans de prison, dont un avec sursis.

Compte-tenu des règles en vigueur pour les réductions de peine, Mehdi Allali sera sans doute sorti de prison d’ici trois ans, peut-être moins. Avec une 23ème mention à son casier. Croyez-vous que cette 23ème condamnation l’aura dissuadé de recommencer un jour, si l’envie lui en prend ?

Le problème numéro un, c’est la qualité de la réponse judiciaire.

La justice française n’est pas assez rapide et pas assez ferme. Elle sanctionne trop peu et trop tardivement. Et lorsqu’elle sanctionne, les peines sont trop souvent aménagées ou réduites en cours d’exécution.

C’est la cause numéro un de cette montée de la violence à laquelle nous sommes tous confrontés.

C’est pour changer cela que l’IPJ se bat tous les jours. Plus que jamais notre combat est légitime. Plus que jamais notre combat est nécessaire.

Nous ne pouvons pas rester sans rien faire face à l’ensauvagement qui gagne sans cesse du terrain.

Vous le savez, nous ne baisserons pas les bras, car nous avons des solutions à proposer, des solutions à l’efficacité prouvée.

Mais nous avons aussi besoin de votre aide pour pouvoir continuer notre mission. Pour continuer à nous battre pour améliorer la sécurité quotidienne des Français. Car sans vous nous n’existerions pas.
Vous pouvez faire un don à l’Institut pour la Justice en cliquant ici.

Avec tous mes remerciements et tout mon dévouement,

Avec tout mon dévouement,
Laurence Havel

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