Savez-vous vraiment ce qu’est une fiche S ?

institutjustice

Chère Madame, cher Monsieur,

Comme après chaque attentat perpétré par un islamiste, on apprend que celui-ci est connu des services de renseignement et faisait l’objet d’une fiche dite “ S ” ».

Et comme à chaque fois que des attentats se produisent, on entend des voix s’élever pour s’indigner que l’on ne prenne pas davantage de précautions contre ces fichés S.

« Il faudrait enfermer tous les fichés S » ou « Il faudrait expulser tous les fichés S ayant une double nationalité » sont des phrases qui reviennent souvent dans les conversations.

Ces réactions sont tout à fait compréhensibles, mais j’ai voulu me pencher sur le sujet pour comprendre ce que sont réellement ces fiches S. Voilà ce que je peux vous en dire :

Les fiches “ S “ sont un outil de travail pour la police et les services de renseignement, elles ne sont rien d’autre.

Il y aurait actuellement près de 26 000 fichés S, dont 10 000 le sont pour radicalisation. Les gens qui sont fichés S n’ont pas nécessairement commis de crime, et un certain nombre d’entre eux n’en commettront sans doute jamais.

D’ailleurs le stock des fichés S se renouvelle régulièrement. De nouvelles personnes sont inscrites au fichier et d’autres en sortent, parce que les services de renseignement n’estiment plus utile de les surveiller.

Comme l’expliquait un expert de la lutte antiterroriste au Figaro : « Contrairement à une idée reçue, la fiche S, qui figure dans le grand fichier des personnes recherchées, n’a jamais eu pour but d’interpeller un suspect signalé mais, au contraire, de détecter son passage aux frontières à un moment donné. Quand la fiche s’active lors d’un contrôle, l’agent doit suivre un protocole strict, ne pas intervenir et alerter le service émetteur, que ce soit la Direction générale de la sécurité intérieure ou encore la Direction du renseignement de la Préfecture de police. »

Par ailleurs ces fiches sont établies sans aucune des garanties qui vont avec une procédure judiciaire et qui sont indispensables pour préserver notre sûreté à tous : publicité, contradictoire, accès aux éléments qui vous sont reprochés, assistance d’un avocat, etc.

Il n’est donc ni légal ni réaliste de se servir d’une fiche établie par quelques fonctionnaires dans leurs bureaux pour enfermer quelqu’un, pour le déchoir de sa nationalité ou pour l’expulser du territoire.

Vous l’aurez compris, la fiche S n’est pas LA solution. Rien n’empêche pour autant, les services de renseignement de mettre en place d’autres fiches réservées aux profils radicalisés pour en améliorer la surveillance. Mais cela ne semble pas, hélas, à l’ordre du jour.

En revanche, il y a beaucoup plus simple et plus efficace pour augmenter notre sécurité à tous.

La porosité entre djihadisme et délinquance ordinaire ne devrait plus avoir à être démontrée.

La plupart de ceux qui commettent des attentats en France ont commencé par bénéficier de la grande clémence de la justice française. Ils ont expérimenté l’inefficacité patente de notre chaîne pénale. Ils sont, comme l’était Radouane Lakdim, le terroriste de Trèbes, “ bien connus ” de la justice et des services de police, sans que cela ait le moins du monde ralenti leur carrière criminelle.

Que les zones dites “ de non-droit ” soient les bases arrière du djihadisme ne devrait plus avoir à être démontré non plus. Cela fait plusieurs années que nous le dénonçons…

C’est dans ces enclaves islamisées que les “ soldats d’Allah “ trouvent encouragements, protections, soutiens logistiques, complicités. C’est là qu’ils se radicalisent, là qu’ils peuvent concevoir et mûrir leurs projets homicides.

Alors, si nous commencions simplement par faire appliquer partout la loi commune ? Et si nous commencions par étouffer dans l’œuf nombre de carrières criminelles en prouvant aux apprentis délinquants que le crime ne paie pas ?

Et si on envoyait et on gardait en prison ceux qui ont mérité d’y être, au lieu de ne les enfermer qu’après leur avoir permis d’accumuler les condamnations, de s’aguerrir dans la délinquance, et de les relâcher au tiers ou à la moitié de leur peine ?

Ca semblerait de bonnes idées, non ?

Seulement voilà, la condition sine qua non pour cela, ce serait de construire de nouvelles places de prison. Beaucoup, beaucoup de nouvelles places.

Pour mémoire, nous avons actuellement à peu près 15 000 détenus en surnombre dans nos établissements pénitentiaires. Il existe en permanence environ 100 000 peines de prison ferme en attente d’exécution, dont près d’un quart ne seront toujours pas exécutées au bout d’un an. Une peine de prison ferme n’est prononcée que dans moins de 10% des affaires poursuivies et moins de 3% des affaires portées à la connaissance de la justice, qui elles-mêmes ne représentent que moins de la moitié des infractions commises chaque année. Et même lorsque les juges prononcent des peines de prison, les courtes peines sont dans près de 80% des cas transformées en autre chose et le délinquant échappe à la détention.

Et tout cela, principalement, parce que le taux d’occupation de nos maisons d’arrêt avoisine les 150%.

Emmanuel Macron, candidat, avait promis solennellement de construire 15 000 nouvelles places de prison lorsqu’il serait président.

Maintenant qu’il est président, il trouve que finalement 7000 places en plus seront largement suffisantes. Et encore, 7000 places, peut-être. Ce n’est pas sûr. S’il ne trouve pas un meilleur emploi à cet argent.

C’est ce qu’il a dit au début du mois, lors de sa visite à l’Ecole Nationale d’Administration Pénitentiaire.

Et « en même temps », comme aime à le dire notre président, Christophe Castaner, le délégué général de La République en Marche et ancien porte-parole du gouvernement a déclaré tout récemment :

« Environ 700 Français sont partis faire le djihad, environ 300 sont morts sur place. Il reste, selon nos chiffres, 258 adultes qui pourraient revenir ». Il faut « les accueillir, les emprisonner lorsque des actes criminels ont été commis, pour faire en sorte que l’on puisse identifier le risque ».

Donc il faudrait rapatrier des gens qui sont des ennemis déclarés de la France et qui ont prouvé qu’ils étaient capables du pire ? Il faudrait les enfermer dans nos prisons surpeuplées, où nous avons déjà le plus grand mal à isoler les détenus radicalisés du reste des prisonniers, et ensuite les relâcher au bout de quelques années, lorsqu’ils auront purgé leur peine ?

Mais quelle folie !

D’un côté, le président renie sa promesse de construire les places de prison supplémentaires dont la France a tellement besoin, de l’autre nous nous apprêtons à accueillir des centaines de djihadistes aguerris…

A Trèbes, le gendarme Arnaud Beltrame est mort héroïquement, et mercredi nos gouvernants ont rendu un hommage solennel et mérité à son courage et à son sens du devoir.

Leur devoir à eux serait de faire ce qui est nécessaire pour assurer la sécurité des Français, et leur courage devrait consister à braver les faiseurs d’opinion partisans du laxisme, de la culture de l’excuse et d’un prétendu ” humanisme ” qui se soucie davantage des criminels que des innocents.

Pour le moment, hélas, nous n’en prenons pas le chemin. Il ne faut surtout pas baisser les bras. Nous devons rester, plus que jamais, vigilants et exiger des changements.

Je vous demande alors de m’aider. S’il vous plaît, remplissez ce questionnaire sur les prisons. C’est important car si nous recevons des milliers de réponses, ils ne pourront pas nous ignorer.

Avec tout mon dévouement,
Laurence Havel

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