Constat du travail de terrain de la gendarmerie

Ce n’est pas d’aujourd’hui mais cela n’a guère dû changer…

Et pendant ce temps là, en France rien de nouveau…

institutjustice

Chers amis,

Vous vous souvenez que, dans mon dernier mail, je vous avais expliqué comment la ville de New-York avait réussi à faire baisser de manière spectaculaire la criminalité.
Elle a diminué de 80%.

On pourrait donc se dire qu’en France, nous nous inspirons des méthodes qui marchent…

Et bien non. Jugez par vous-mêmes…

Chez nous, tout d’abord, les prisons sont surpeuplées, comme vous le savez.
Il y a actuellement presque 15 000 détenus en surnombre par rapport aux places réellement disponibles.

Tout cela parce que, depuis des décennies, les gouvernements successifs ont refusé les investissements qui auraient été nécessaires pour faire face à l’augmentation massive de la délinquance depuis les années 1960.

La conséquence ? Les magistrats répugnent à prononcer de courtes peines de prison ferme, puisqu’ils savent que les maisons d’arrêt croulent déjà sous les détenus.

En mars dernier, par exemple, la directrice de la maison d’arrêt de Villepinte a informé les tribunaux de Paris et de Bobigny qu’elle était dans l’impossibilité absolue d’accueillir de nouveaux détenus. Son taux d’occupation était de 201% !

Et lorsqu’on ne condamne pas un délinquant à de la prison, à quoi le condamne-t-on alors ?

À des « peines alternatives » …

Par exemple, le port d’un bracelet électronique.

Peut-être vous souvenez-vous qu’Adel Kermiche, l’un des auteurs de l’assassinat du père Hamel à Saint Etienne du Rouvray, le 26 juillet 2016, était sous bracelet électronique le jour où il a commis son crime…

En réalité les « peines alternatives » n’ont souvent de peines que le nom et sont donc très faiblement dissuasives, notamment pour les délinquants récidivistes.

Autre conséquence : nous avons chaque année un stock d’environ 90 000 à 100 000 peines de prison ferme qui sont en attente d’exécution.

Pour les peines de prison qui ne sont pas exécutées dès la sortie du tribunal, le délai moyen de mise à exécution est de neuf mois.

Vous avez bien lu : neuf mois. Et pendant ce temps le « condamné » à de la prison est libre comme l’air. Pendant des mois après son procès.

Evidemment la plupart des peines finissent par être exécutées un jour, mais parfois après un délai si long que le délinquant, qui entre temps a eu l’occasion de commettre bien d’autres délits, ne sait même plus pour quel délit il va en prison !

Et quand je dis que les peines sont exécutées… il faut s’entendre.

Lorsque la peine prononcée par le tribunal est inférieure à deux ans ferme, elle ne peut pas être mise à exécution avant qu’un autre juge, le Juge d’Application des Peines (JAP) ne l’ait examinée. Le JAP peut alors décider de la transformer en autre chose qu’une peine de prison. Et très souvent il le fait.

Oui, vous comprenez bien. Le tribunal prononce une peine de deux ans de prison ferme (ce qui correspond déjà à un délit assez grave). Mais le coupable ne part pas en prison. Non, non. Son dossier est transféré au JAP, et le plus souvent il ne fera pas un seul jour de prison (à moins qu’il n’ait fait de la prison préventive) !

Et si le délinquant est envoyé en prison… il y a les remises de peines.

« Remises de peine automatiques » : trois mois de peine supprimés automatiquement la première année, deux mois les années suivantes.

« Remises de peine supplémentaires » : accordées assez facilement dès lors que le condamné peut justifier « d’efforts en vue de sa réinsertion ».

Cumulées, ces différentes remises de peine peuvent réduire la peine reçue à son procès à peu près de moitié.

En France, nous sommes loin d’appliquer la tactique de la « Vitre Brisée », nous laissons au contraire se constituer des zones de non droit, qui s’étendent et se multiplient sur tout le territoire national.

Les forces de l’ordre prennent des gants lorsqu’elles s’y rendent pour des opérations ciblées, et se retirent le plus rapidement possible afin de ne pas risquer un « incident ». Comprenez : afin de ne pas risquer qu’un délinquant soit blessé ou tué en résistant aux forces de l’ordre.

La priorité n’est plus de faire respecter la loi et d’assurer la tranquillité des habitants, mais de ne pas faire de mal aux délinquants.

Dans les cités marseillaises, « La direction départementale de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône nous interdit de prendre en chasse les gens à deux-roues… » expliquait un policier dans l’hebdomadaire Valeurs actuelles du 9 septembre. « Il faut éviter la “saucisse”, c’est-à-dire l’incident. Officiellement, l’administration nous dit que c’est pour nous protéger… On nous explique que la justice ne nous couvrira pas s’il y a un accident. »
Résultat : « Les jeunes s’imaginent qu’on les craint. »

Dans son livre Colère de flic, Guillaume Lebeau, qui est agent de la BAC, fait le même constat d’impuissance à propos du voile islamique intégral.

« L’interdiction du voile, c’est la parfaite illustration du double discours. Officiellement le voile est donc proscrit, mais dans les faits qui applique vraiment cette loi ? A chaque fois que j’ai été témoin de tentatives pour l’appliquer, cela s’est mal terminé. Contrôler une femme voilée génère automatiquement des tensions. Généralement, face à l’attroupement que cela provoque, les collègues doivent abréger le contrôle. Récemment une note administrative a été diffusée, nous enjoignant de réduire les contrôles, notamment aux abords des mosquées. La note exige du « discernement dans l’application de la loi ». Jusqu’où doit aller ce « discernement » ? Devons-nous purement et simplement fermer les yeux ? »

Je n’ai pas besoin de continuer davantage : vous le comprenez, en France nous faisons exactement L’INVERSE de ce qu’il faudrait faire pour faire baisser la délinquance.

Pour tout dire, nous marchons sur la tête. Et ce sont les Français qui en payent le prix, chaque jour. Parfois avec leur vie.

N’allons pas par quatre chemins. C’est inacceptable. Presque criminel.

Emmanuel Macron a déclaré qu’il voulait créer, dans les mois qui viennent, une « police de la sécurité et du quotidien », qui ne répéterait pas les erreurs de la précédente « police de proximité ».

J’aurais envie de lui dire : « chiche, Monsieur le président ! ».

Vous voulez une « police de proximité » qui fasse réellement reculer la délinquance ? Inspirez-vous de ce qui s’est fait à New-York.

Appliquez la tactique de la « Vitre Brisée ». Faites en sorte que la justice sanctionneeffectivement dès le premier délit, et que les peines soient exécutées sans tarder.
Redonnez aux policiers la possibilité de faire leur travail, partout sur le territoire de la République.

Malheureusement, pour l’instant nous n’en prenons pas le chemin.

Déjà le gouvernement nous explique que les 15 000 places de prison supplémentaires promises pendant la campagne électorale prendraient au moins deux quinquennats à construire…

La Garde des Sceaux parle encore et toujours de « développer les peines alternatives ».
A aucun moment il n’a été question de remettre en cause le régime excessivement généreux des remises de peine.

A ma connaissance aucune consigne nouvelle n’a été donnée aux policiers pour regagner les « territoires perdus de la République ».

Bref, ils continuent à aller dans la mauvaise direction.

Mais si comme moi, vous ne voulez pas baisser les bras, que vous voulez une réforme en profondeur de la justice, alors, je vous le demande, venez compléter le Référendum en cliquant ici et nous aider à faire gagner le bon sens sur l’idéologie. C’est très important.

Si nous n’agissons pas, qui le fera ?

Au nom de toutes les victimes potentielles que nous pourrons éviter, remplissez le Référendum pour la Justice.

Avec tout mon dévouement,

Laurence Havel

Mais pourquoi les policiers sont-ils en colère ?

institutjustice

Chère Madame, cher Monsieur,

Vous l’avez probablement vu à la télévision en 2016 car il a répondu à plusieurs interviews sans masquer son identité. Cela lui a d’ailleurs valu d’être convoqué chez les « bœufs-carottes », la police des polices.

Il s’appelle Guillaume Lebeau. Il a 32 ans.

Il est policier à la BAC, c’est-à-dire à la brigade anti-criminalité et a été l’un des policiers à l’origine de la mobilisation des policiers en colère. En 2016, des centaines de policiers avaient manifesté 4 mois durant.

Leur point de départ ? Le 8 octobre 2016, les voitures des policiers, stationnées à un carrefour dans une “cité sensible”, avaient été incendiées au moyen de cocktails Molotov, alors que quatre fonctionnaires se trouvaient à l’intérieur.

Un des policiers, âgé de 28 ans, a subi plusieurs greffes de la peau après avoir passé une dizaine de jours sous coma artificiel. Il est toujours en centre de rééducation. L’autre agent, une femme de 39 ans a elle aussi été gravement brûlée. L’engin explosif aurait été envoyé par des «jeunes» du quartier. L’enquête est toujours en cours. Au printemps dernier 17 personnes ont été mises en examen.

Cette attaque a ému et mis en colère de très nombreux policiers partout en France. Les langues se sont déliées et nombreux sont ceux que l’on a entendu à la radio, sous couvert d’anonymat, parler de leurs conditions de travail et de sécurité … matériel délabré, manque de formation, impunité des délinquants… Tout y passait.

Et la grogne montant dans leur rang, des vagues de manifestations s’organisèrent, sur les Champs Elysées notamment, malgré les menaces de leur hiérarchie et les pressions du pouvoir politique.

C’était l’année dernière.

De cette grande initiative, que reste-t-il ?

Difficile de le dire. Mais Guillaume Lebeau vient de publier un livre pour présenter la réalité de sa vie de gardien de la paix : « Colère de flic ».

J’ai lu son livre la semaine dernière. On y apprend beaucoup de choses et, plusieurs fois, j’ai grincé des dents en imaginant tous les outrages et les provocations qu’ils subissent et leur sang-froid pour y répondre.

La « haine du flic » dans certains quartiers existe bel et bien. Ils craignent pour leur vie, pour celle de leur famille et vivent avec le souvenir du couple de gardien de la paix sauvagement assassinés chez eux à Magnanville.

Il faut imaginer l’étonnement et la déception de jeunes, entrés dans la police par vocation, quand ils reçoivent de leur hiérarchie des consignes de quotas pour distribuer des contraventions : « Nous sommes deux, ça fait dix chacun ! » Et le chef de sermonner ses troupes : C’est pas si difficile de mettre des contraventions » Si ce quota non écrit n’est pas respecté, le chef se fait réprimander et fait bien entendu redescendre l’engueulade. Il arrive même que différentes brigades soient mises en concurrence. Ce n’est pas une légende ! Parfois, la situation confine à l’absurde ».

Ce n’est pourtant pas comme s’ils manquaient de travail …

Les policiers sont des observateurs, ils voient ce qui se passe partout et connaissent la réalité des endroits où ils sont affectés. Dans certains territoires, le constat semble sans appel : des cités entières appartiennent à des caïds, qui font régner leur loi, et dans lesquelles la police est priée de se faire discrète, pour ne pas “provoquer”. Parfois des solutions de fortune, probablement clientélistes, sont mises en place par les mairies …

« Dans les cités les jeunes ne respectent pas grand monde. Ils n’écoutent pas leurs parents, ne vont plus en cours, ne travaillent pas. Pour avoir de l’autorité sur ces jeunes désocialisés, les mairies estiment donc nécessaire la présence de « grands frères » qui sont passés par le même chemin chaotique, capables au besoin d’avoir recours à la violence pour se faire entendre. Depuis quelques années ils sont apparus et se sont multipliés dans les cités, payés par les municipalités pour recréer du lien social.

Dans les faits ce sont bien souvent d’anciens délinquants que nous avons interpellés dans le passé à de multiples reprises. A Gennevilliers, je connais un médiateur que j’ai déjà appréhendé plus d’une dizaine de fois, notamment pour trafic de stupéfiants. Parfois, en patrouille, nous remarquons la présence d’un nouveau médiateur, reconnaissable à son tee-shirt sur lequel le terme « Médiation » est inscrit. En s’approchant, on s’aperçoit que nous le connaissons bien, son casier judiciaire également, long comme un jour sans fin. Entre collègues, on rit jaune : « Tiens, on aura vraiment tout vu ! C’est la blague du jour. »

La présence de ces médiateurs est à double tranchant. Ils ne sont souvent pas, ou peu formés. Même s’il souhaite accomplir loyalement sa mission, le médiateur – étant de la cité – ne prendra jamais parti pour la police. Il le voudrait qu’il ne le pourrait pas… Il peut aussi arriver qu’il monte les jeunes contre nous. Nous sommes alors aux antipodes de la médiation. J’ai vécu ce genre de situation à plusieurs reprises. J’ai vu plus d’une fois un médiateur arriver sur une interpellation se déroulant dans une atmosphère tendue tenter d’aider le jeune à se soustraire à l’interpellation et à prendre la fuite. Pénalement c’est une obstruction à une interpellation. Nous évitons généralement de placer le médiateur en garde à vue, mais cela ne nous facilite pas la tâche.

Objectivement, j’ai du mal à trouver dans les cités de Gennevilliers des retombées positives à la présence des médiateurs. En revanche, autour des écoles, ils font de la prévention pour éviter les bagarres entre bandes. Dans ce domaine leur action est efficace.

Ces médiateurs sont aussi un moyen pour les mairies de réduire le chômage avec des emplois aidés, d’acheter la paix sociale. Mais payer un jeune pour qu’il reste en bas de son immeuble, est-ce vraiment la solution ? » »

Poser la question, n’est-ce pas y répondre?

Lisez ce livre, vous ne le regretterez pas.

Et je vous demande de me dire ce que vous en aurez pensé.

Avec tout mon dévouement,

Laurence Havel

PS : La référence : Colère de flic – Guillaume Lebeau aux éditions Flammarion.