Bayrou déjà mis à la porte

Chère Madame, cher Monsieur,

Je le sentais. Hier, j’ai commencé à vous écrire un message. Son titre ? “Bayrou va-t-il partir ?”

Bingo !

On avait toutes les raisons d’y penser ! Au-delà du fait qu’il change de bord politique comme de chemise, son bilan est bien maigre depuis un mois en tant que garde de Sceaux …

… une loi de moralisation de la vie politique qui se vide chaque jour un peu plus de sa substance !

Pour la majorité des mandats, le casier judiciaire vierge vient d’être abandonné.

Des signaux pouvaient nous faire penser qu’il risquait d’être prochainement débarqué :

Edouard Philippe, le premier ministre, a ouvertement recadré son ministre de la justice. En moins d’un mois, c’est du jamais vu !

Sur France Info, le premier ministre a parlé franchement :

« Quand on est ministre, on ne peut plus réagir comme quand on est un simple citoyen. Je comprends parfaitement que l’homme François Bayrou ait été peut-être agacé par la façon dont les questions ont été posées (…).

Il se trouve que quand on est ministre, on n’est plus simplement un homme animé par ses passions ou 
par sa mauvaise humeur ou par son indignation. « 

Pire encore, on peut apprendre sur Closer – ça vaut ce que cela vaut bien sûr … – que François Bayrou et Richard Ferrand ont failli… en venir aux mains ! Sans intervention musclée pour les arrêter, ils auraient vraiment pu se bagarrer.

Effarant pour des ministres vous me dites ? Que je vous comprends.

Dans ces conditions, vous comprenez qu’il avait tous les risques d’être sur un siège éjectable.

François Bayrou avait-t-il une carte joker ?

Pensez au nombre de députés Modem.

Ils seront 42 à siéger dans la nouvelle assemblée. Ils étaient 2 lors du précédent quinquennat. C’est un nombre qui pèse. Personne ne peut le nier.

Pourtant, même ce chiffre n’est pas suffisamment significatif.

Car le parti La République En Marche possède 308 députés à lui seul. Le seul parti d’Emmanuel Macron a donc déjà la majorité absolue (290 députés).

Le seul impact que peut avoir Bayrou est sur les réformes constitutionnelles. Comme vous le savez, il faut être appuyé par près de 550 élus entre l’Assemblée nationale et le Sénat. 

Chaque voix compte.

Mais il y avait une dernière ombre au tableau : l’enquête qui concerne le Modem.

La technique commence à être connue. Les petits partis semblent la pratiquer extensivement. Puisqu’ils n’ont pas suffisamment d’adhérents et de cotisations pour payer des permanents, ils demandent aux assistants parlementaires de faire ce travail de permanent, comme…

… créer le site Internet du parti

… diffuser les communiqués de presse du parti

… entretenir les relations presse du parti

Autrement dit, le temps qui aurait dû être consacré à des dossiers législatifs (nationaux ou européens) l’est à du travail de militantisme. Les Français apprécieront l’utilisation des fonds.

Le Modem est accusé d’avoir utilisé ce moyen pour se financer. Corinne Lepage, co-fondatrice du Modem, accuse même les cadres d’avoir érigé « cette pratique en système ».

Alors, Bayrou sur la sellette ?

J’écrivais: “Nous allons le savoir très rapidement, puisqu’un nouveau gouvernement va être nommé aujourd’hui ou demain.”

Maintenant, on le sait : Bayrou aura mis 20 ans à revenir à un ministère – il aura été débarqué en moins d’un mois.

Avec tout mon dévouement,
Axelle Theillier

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Quels députés pour la justice ?

 

 

Chère Madame, cher Monsieur,

Les élections législatives sont passées. Nous avons 577 députés.

Mais quelles sont les conséquences pour la justice ?

C’est la question que nous nous sommes posés toute la nuit. Il fallait faire le tri entre les déclarations médiatiques et la réalité.

Vous allez le voir, nous avons identifié 7 députés à suivre sur la justice.

Mais ne parler que de ces députés serait oublier les circonstances de l’élection.

Par exemple, vous pouvez lire « une domination moins spectaculaire que prévue » sur Le Monde. Hélas, ce ne sont que des mots.

La réalité est qu’Emmanuel Macron dispose bel et bien de la majorité absolue.

Peu importe l’abstention qui a frôlé les 50% au premier tour, 60% au second.

Peu importe qu’il ait 359 ou 470 députés. Le résultat est le même.

S’il vous plaît, chère lectrice, cher lecteur, ne tombez pas dans ces excuses de militant. Les faits sont là. La majorité absolue a été donnée par les Français.

On peut se plaindre que l’abstention ne soit pas comptabilisée, qu’il n’y ait pas de quorum, que le scrutin ne soit pas à la proportionnelle, mais c’est ainsi.

Voyez-vous, votre obligée doit planifier son action sur des faits.

Et puis, n’oublions pas : Emmanuel Macron a basé toute sa campagne sur la volonté de réformer la France. Il a la majorité absolue. Rien ne peut l’empêcher d’appliquer son programme.

Si dans 5 ans, le bilan d’Emmanuel Macron est mauvais, ce ne sera pas la faute des autres. Il aura eu la main sur tout, avec tous les soutiens dont il avait besoin…

… D’autant plus que la prochaine élection est en 2019. Ce seront des élections européennes. Entre temps, En Marche n’a pas besoin de faire campagne.

Voyez-vous, il a tout pour réussir … il n’y a plus qu’à s’assurer que la justice fasse bien partie des institutions à réformer.

C’est là où, comme vous vous en doutez, je suis plus nuancée.

Parmi tous les candidats, Emmanuel Macron est celui qui a le moins parlé de justice durant la campagne… alors même que les réformes sont urgentes.

Vous et moi pouvons compter sur 7 députés pour faire comprendre l’urgence au Président :

#1 Jean-Michel Fauvergue. Son curriculum est impressionnant. Il s’agit ni plus ni moins de l’ancien chef du RAID de 2013 à 2017. Un homme de terrain, qui connaît la réalité… et qui a la poigne nécessaire. Il est le conseiller d’Emmanuel Macron sur l’anti-terrorisme.
Il déclarait au journal Le Monde :

« On est sur la tolérance zéro, le renforcement des effectifs, la création de places de prison, la coordination du renseignement directement sous le contrôle du chef de l’Etat, la judiciarisation automatique des retours de Syrie avec placement dans des environnements séparés, la continuation des frappes à l’extérieur… »

#2 Laurence Vichnievsky, ancienne juge d’instruction. Elle est devenue célèbre pour avoir instruit les dossiers des principaux scandales financiers des années 90. L’affaire Elf, l’affaire Dumas, l’affaire des frégates de Taïwan, c’est elle. Encore une personnalité incorruptible.

De 1979 à 2010, elle a travaillé sur des dossiers pénaux. Les mauvaises langues rappelleront qu’elle a commencé son engagement politique chez Les Verts – ce serait oublier qu’elle a aussi travaillé avec Les Républicains par la suite.

#3 Jean-Jacques Bridey, député sortant. Il était membre de la commission de la Défense et des Forces armées à l’Assemblée nationale, où il a pu traiter des questions liées au terrorisme et à l’Etat Islamique.

#4 Eric Ciotti, député sortant. Auteur prolifique de propositions de loi en lien avec la sécurité, il va participer au nouveau quinquennat. Il est également membre de la commission des lois, et on peut espérer qu’il rempile durant ce mandat.

#5 Guillaume Larrivé, lui aussi député sortant et auteur de propositions de lois et de rapports en lien avec la sécurité. Il conserve son siège et on peut espérer qu’il continue son travail pour défendre les Français.

#6 Alain Tourret, est réélu à presque 70% ! Joli tour de force. Cela peut se comprendre. Il fut secrétaire de la commission des lois lors du précédent quinquennat. Il a auditionné deux fois l’Institut pour la Justice, pour la prescription et la réforme pénale.

Ne vous y trompez pas, Alain Tourret était député radical de gauche avant de rejoindre En Marche. De gauche donc, mais pas sectaire. Ouvert à la discussion dans l’intérêt des Français. Nous espérons qu’il continuera son travail sous ce nouveau quinquennat.

#7 Christophe Castaner est également réélu. Il a été le représentant d’Emmanuel Macron sur les questions de sécurité lors de débats de la campagne.

Je le sens. Je vais recevoir des emails pour me dire …

« Mais où est le Front National ? »

« Mais où est la Droite Forte ? »

Croyez-moi : je ne doute pas de la volonté de la partie droite de l’échiquier politique. Gilbert Collard, réélu hier dans le Gard, avait déclaré il y a quelques mois : « Pour combattre le terrorisme, une seule solution, s’inspirer du modèle israélien : ayons le courage de le dire et de le faire ! ».

Tout le monde ne peut être que d’accord !

Avec tout mon dévouement,
Axelle Theillier

La loi sur la moralisation de la vie publique vous fait-elle sourire?


Il est parfois des priorités qui en disent long. 

Que fait notre nouveau garde des Sceaux, François Bayrou, à peine entré en fonction ? 

Il lance dans l’urgence un vaste programme immobilier pour construire enfin les dizaines de milliers de places de prison dont la France manque depuis des décennies ? 

Non. 

Il met en place avec son collègue de l’Intérieur un grand plan d’action pour restaurer l’autorité de l’Etat dans les zones dites « de non droit » qui gangrènent notre pays ? 

Non plus. 

Il se soucie d’établir enfin l’égalité des droits entre la victime et l’accusé dans la procédure pénale ? 

Pas davantage. 

Mais alors, que fait-il ? 

Il prépare une grande loi de « moralisation de la vie publique »… 

Suis-je vraiment la seule à trouver qu’il y avait des choses plus importantes et plus urgentes à faire ? 

Entendons-nous bien, ce projet de loi comporte certaines dispositions intéressantes. 

Par exemple, la suppression de la réserve parlementaire, qui permettait aux parlementaires de soutenir des associations et de participer au financement de projets de collectivités locales de manière très opaque. 

Le remboursement des frais au réel pour les parlementaires (sur présentation de factures et de justificatif), comme dans n’importe quelle entreprise. 

Ou encore l’interdiction qui serait faite aux ministres, parlementaires et membres des exécutifs locaux de recruter des membres de leur famille – ascendants, descendants ou conjoints. 

Tout cela est très bien, même si, ne nous racontons pas d’histoires, la loi ne pourra jamais empêcher des hommes politiques de recruter leurs amis, leurs maîtresses, leurs amants, leurs obligés, etc. Le favoritisme ne disparaitra pas avec le vote d’une loi de « moralisation de la vie publique ». 

Mais alors Laurence Havel, me direz-vous, qu’est-ce qui vous dérange ? 

Ce qui me dérange, c’est que cette loi sent tout de même très fort l’opération de communication et parait plus dictée par les préoccupations un peu nombrilistes de notre classe politique que par le souci de défendre les intérêts des Français. 

Nos hommes politiques savent bien qu’ils sont largement discrédités aux yeux des Français. Ils savent que la confiance que nous leur accordons est au plus bas. Que partout la colère gronde. 

Et pour cause, les Français ont clairement le sentiment que ceux qui sont censés les représenter ne se soucient pas vraiment d’eux, et que nombre d’élus abusent des avantages que leur donnent leurs fonctions. Par exemple, voilà maintenant des décennies que l’Etat délaisse peu à peu sa mission première, fondamentale : protéger la vie et les biens des gens honnêtes contre les criminels, et défendre l’intégrité de la nation contre les attaques extérieures. 

Car oui, il est anormal que des parlementaires puissent recruter comme assistants leurs enfants ou leurs conjoints, mais il est surtout dangereux pour nous que se multiplient et s’étendent sur notre territoire les zones de non-droit, dans lesquelles des centaines de milliers d’habitants vivent sous la coupe des délinquants, et qui abritent et nourrissent le terrorisme islamiste qui nous a déjà touchés si durement. 

Anormal que les activités de conseil des hommes politiques soient insuffisamment encadrées, mais dangereux que chaque année dans notre pays 100 000 peines de prison ferme prononcées par les tribunaux soient en attente d’exécution, essentiellement faute de place en prison. 

Anormal que les anciens présidents de la République soient membres à vie du Conseil Constitutionnel, mais dangereux que dans nos prisons la drogue, les téléphones portables, l’argent, parfois même les armes, circulent presque aussi librement qu’à l’extérieur et que les personnels pénitentiaires viennent travailler la peur au ventre. 

A votre avis, quelles devraient être les priorités d’un ministre de la Justice ? 

Faire toutes les réformes nécessaires pour que le droit des Français à la sécurité et à la tranquillité soit enfin assuré, ou bien faire voter à la va-vite une loi fourre-tout pour essayer de redorer le blason d’une classe politique discréditée à force d’ignorerles vrais problèmes ? 

Mais une fois encore nos gouvernants préfèrent se concentrer sur l’accessoire et ignorer l’essentiel. 

Il est vrai qu’il est plus facile de se présenter en chevalier blanc de la moralité que d’aller faire respecter les lois de la République dans les quartiers dit sensibles… 

Monsieur Bayrou, il est grand temps de vous attaquer au vrai problème ! Et l’Institut pour la Justice est tout prêt à vous conseiller. Depuis longtemps nous avons posé les diagnostics, et nous avons aussi les solutions. 

La sécurité des Français n’attend pas. 

Laurence Havel