Hollande ou l’art d’inventer des secrétariats d’Etat ridicules

Au delà du calcul grossièrement visible de Hollande, qui change de gouvernement pour un aéroport et s’offre au prix promotionnel de deux maroquins les gros titres dithyrambiques de La Dépêche, le récent remaniement ministériel illustre deux caractéristiques majeures de notre vie politique:

  • La mise au placard du sens du ridicule, qui tue en politique, contrairement à ce qu’en dit le sens commun,
  • L’absence totale d’un sentiment pourtant utile et noble, la vergogne. 

 

Dans un système où la communication oblitère les idées, la parole politique perd ainsi tout son sens, et comme une voiture qui perdrait l’adhérence avec la route, se trouve victime d’un périlleux aquaplaning dans l’opinion publique.

C’est ce qui se produit par exemple lorsqu’on ose créer un Secrétariat d’Etat à « l’égalité réelle », parfaite illustration de cette perte de sens. Est-ce à dire que l’égalité était depuis mai 2012 fictive, partiellement irréelle ou purement théorique?

Un autre secrétariat d’Etat est dévolu à « l’aide aux victimes », mais victimes de quoi au juste? Sûrement des attentats, mais pourquoi pas du choc fiscal, des accidents d’autocar, de la réforme de l’orthographe, ou de la catalepsie due aux discours empêtrés de Hollande?

Un troisième est chargé de la biodiversité, à côté du ministère de l’Environnement. Peut-être s’agit-il de veiller sur l’écosystème du gouvernement, cet élevage de homards qui s’entre-dévoreront si on ne leur bloque les pinces avec des élastiques?

Certes nous devrions être rassurés par le Ministère du Logement et de l’Habitat Durable, qui nous garantit que la maison n’est pas en carton.

Enfin, dans le domaine plus subtil de l’injonction paradoxale, le nouveau gouvernement affiche une parité irréprochable, mais associe désormais de manière rétrograde la défense des droits des femmes à la famille et à l’enfance, peut-être pour faire oublier le mariage pour tous.

Il est d’autre part frappant de constater la perte de toute vergogne, de tout sens du ridicule, et l’impudence de certains politiques.

Qui mieux que Jean-Vincent Placé pouvait assurer la «réforme de l’Etat et la simplification», lui qui, élu public, représentant de la nation, a résolu le problème de ses 133 contraventions impayées en les rangeant dans un tiroir?

Gageons que cette charge lui a été confiée après qu’il a déclaré « ne pas être très bon avec les papiers », un peu comme son malheureux collègue Thomas Thévenoud, atteint de « phobie administrative » qui conclut récemment dans la presse: « Evidemment c’était une connerie de communication, il ne fallait pas le dire ».

Jean-Vincent Placé considérait tout secrétariat d’Etat comme indigne de lui: « Maman va penser que je fais le courrier » avait-il affirmé au JDD le 7 février 2011.

Il faut croire qu’il l’a oublié, ou bien qu’il y a prescription, pas comme en Suède, où les mots comptent, et où la transparence exige que les dépenses des ministres soient accessibles publiquement. La ministre Mona Sahlin dut ainsi démissionner en 1995 et disparaître dix ans de la vie politique pour avoir acheté des chocolats avec sa carte bleue de fonction.

De son côté, Jean-Marc Ayrault n’éprouve aucune gêne à devenir ministre des Affaires Etrangères de Valls III après avoir été premier ministre d’un gouvernement où ses amis politiques se chargeaient de l’humilier sans l’aide de l’opposition. Claude Bartolone disait de lui « Il est là… Au Parlement, on fait avec ».
De son côté, la verte Emmanuelle Cosse semble affligée d’une mémoire de petit pois, elle qui tweetait le 19 janvier dernier: « Déchéance de nationalité: un non sens, une incompréhension totale, cette proposition fait du mal à la société » et en février 2015 « 49.3, aveu de faiblesse, déni de démocratie #loiMacron ». Ces critiques acerbes, de même que la fidélité à son parti, ont cédé devant l’attrait du pouvoir.
Bizarrement oublieux ou distraits, ces personnages comptent sur la mémoire de poisson rouge du citoyen, affaiblie par la vie quotidienne et par la succession frénétique d’événements chassant les précédents.
Pourtant leur espoir se heurte cruellement à la réalité, puisqu’il n’a jamais été aussi facile de retrouver les traces des faits et dits de chacun, ce dont ne se privent pas les réseaux sociaux.
La première victime de l’aquaplaning, c’est donc Hollande, dont la parole ne porte pas plus que celle d’un professeur chahuté dans une classe où volent des drones en papier. Gaspard Gantzer lui aurait conseillé de se taire, mais même son silence est désormais inaudible.

Anne-Sophie Letac
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